L'arbre-monde

Cherche Midi

22,00
par (Libraire)
18 janvier 2019

Parmi les personnages que Richard Powers fait vivre dans son "Arbre-monde-, il y a les arbres qui sont les vrais héros, les vieux arbres, les grands arbres, ceux qui vivent dans les forêts primaires, mais pas "les jeunes plantations contrôlées et homogènes [qui] ne méritent même pas le nom de forêts." .
À ces arbres sont liés les destins de neuf personnages qui vivent isolément, ne se connaissent pas et vont pourtant converger vers ce séquoia géant, Mimas, menacé d’être abattu, attirés vers lui de façon plus ou moins rationnelle. Il y a Nicholas Hoel, le dernier d’un lignée d’immigrés norvégien qui a vécu à côté d’un grand châtaignier. Il y a Mimi, la fille d’un érudit immigré chinois et ses deux sœurs qui avaient un mûrier dans leur jardin, elle a hérité d’un bague ornée d’arbres et d’un précieux rouleau de parchemin. Il y a Adam Appich que l’on découvre alors qu’il achève des études universitaire de sociologie, qui, tout-petit, se dessinait en érable. Et le couple de Dorothy et Ray qui trouvent leur bonheur en jouant sans un théâtre associatif, et qui plantent un arbre à chaque anniversaire ed leur vie de couple. Il y a aussi Douglas Pavlicek, gros travailleur, expulsé d’un avion avant qu’il s’écrase, qui est sauvé par un banian. Neelay, un jeune garçon devenu handicapé physique après être tombé d’un chêne vert, est le génie de l’informatique de sa génération, il crée un jeu vidéo très addictif et extrêmement puissant. Olivia Vandergriff aurait dû être actuaire, mais elle s’est électrocutée, est "morte une minute et dix secondes" avant que le choc de sa chute au sol fasse redémarrer son corps. Depuis, elle entend des voix qui la guident dans la vie. Et il y a Patricia Westerford, une biologiste par qui s’expriment les idées de Richard Powers. C’est son père qui "lui apprend à voir un arbre, ce fourreau vivant de cellules sous chaque centimètre carré d’écorce qui fait des choses qu’aucun homme n’a encore saisies". Patricia fait une découverte qui va lui nuire pendant nombre d’années avant de changer la perception du monde vivant de nombreuses personnes : "Le comportement biochimique des arbres individuels ne prend sens que si on les envisage comme les membres d’une communauté". Elle devient "la femme qui croit que les arbres sont intelligents". Elle quitte le monde de la recherche et s’immerge dans les forêts pendant des années, jusqu’à ce qu’on reconnaisse la véracité de ses propos, que l’on admette que "Vous et l’arbre de votre jardin êtes issus d’un ancêtre commun. Il y a un milliard et demi d’années, vos chemins ont divergé. Mais aujourd’hui encore, après un immense voyage dans des directions séparées, vous partagez avec cet arbre le quart de vos gènes…" Son affirmation du lien entre les hommes et les arbres, des arbres entre eux provoque l’émergence d’activistes non-violents, mais déterminés.

Après avoir présenté ses personnages, Richard Powers peut développer les thèmes qui lui sont chers : la relation de l’homme avec la nature, la vue à court terme des financiers, l’hubris des humains, leur rapacité, leur égoïsme, leur capacité de prédation, mais aussi le besoin de se ressourcer dans la nature, d’en prendre soin, de partager avec les non-humains  les ressources de la planète. Il décrit les arbres avec un luxe de détails botaniques ou poétiques, à nous donner un vertige semblable à celui qui étreint Adam Appich lorsqu’il est perché dans la canopée du grand séquoia, à soixante mètres du sol.
Richard Powers n’écrit pas un éco-roman, plutôt une proclamation de la complémentarité des humains et de la nature, et particulièrement avec les arbres et les forêts. C’est un livre de poésie, dans lequel il tient parfois des propos mystiques, allant jusqu’à "brouiller la frontière entre ces deux molécules presque identiques, la chlorophylle et l’hémoglobine".
C’est assurément un grand livre, généreux et exalté, débordant d’humanité, qui, sans jamais sombrer dans la mièvrerie, est un cri d’alerte sur l’urgence de changer notre mode de vie pour un comportement plus responsable. Une lecture indispensable pour ceux qui souhaitent renouveler leur perception de la nature. Vraiment, en refermant ce roman, vous regarderez autrement les arbres, peut-être même leur parlerez-vous, ou les écouterez-vous !

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