Une bête au paradis
18,00
par (Libraire)
9 septembre 2019

Un écriteau indique "Vous êtes arrivés au Paradis". Il ne faut pas s’y fier, le Paradis est une ferme qui réclame des bras, de la sueur et des efforts pour que le travail soit fait, à un tel point qu’on pourrait dire qu’elle est l’enfer.
C’est là que vit Émilienne, une femme qui parle peu, travaille beaucoup, est respectée et a une autorité naturelle. Elle emploie un commis, Louis, qui s’était réfugié auprès d’elle un jour que son père l’avait trop cogné et qui y est resté. Ses petits-enfants, Blanche et Gabriel, y vivent depuis que leurs deux parents sont morts dans un accident de voiture. Autant Blanche est volontaire, décidée, puissante, autant Gabriel est rêveur, mélancolique, effacé.
Alors qu’on tue le cochon, Blanche a décidé de s’offrir à Alexandre, son amoureux, dans sa chambre du Paradis. Ce qui n’est pas du goût de Louis qui n’apprécie pas du tout que Blanche choisisse de "s’enfoncer dans la peau d’un autre garçon que lui". Pour Blanche, Alexandre est l’amour de sa vie, celui avec qui elle vivra au Paradis. Mais le beau jeune homme est ambitieux et rêve d’argent vite gagné. Quand il annonce son départ pour l’étranger, Blanche se sent trahie, dévastée, brisée. Louis, par contre, s’en réjouit et garde l’espoir de prendre la place de l’amant disparu. Blanche continue de l’attendre et douze ans plus tard, quand il revient, s’illusionne et croit que que la belle histoire reprend. Son bonheur sera court…

Ce roman est un huis-clos où quelques personnages sont emprisonnés dans la ferme du Paradis. Les sentiments sont exacerbés, qu’il s’agisse de l’attachement d’Émilienne à Blanche et au Paradis, de la colère inextinguible de Louis, de l’amour de Blanche pour Alexandre, de sa passion pour le Paradis, de sa colère et de sa vengeance. C’est un roman rural qui montre l’attachement à la terre, l’âpreté de la vie des paysans dans une ferme qui réclame leur force avec constance. Mais c’est surtout un roman noir, violemment noir, tragique, une histoire de taiseux, d’amour et de désirs empêchés, de vengeance. Une histoire de femmes, des fermières dont les corps se sont adaptés à la dureté de leur condition : "Le corps d’Émilienne était celui d’une ogresse affamée, d’une rudesse et d’une solidité à toute épreuve, capable de douceur comme de violence, capable de caresses comme de gifles, et tous autour d’elle s’appuyaient sur ce corps pour rester debout", "Les années avaient étiré ses doigts [de Blanche], tronçonnés par les travaux quotidiens, ses mains ressemblaient désormais à deux grandes serres à cinq crochets, d’une vigueur sans pareille. La peau du dessus, plus foncée qu’en n’importe quel endroit du corps, se tachait déjà d’empreintes brunes, minuscules. Cicatrices, coups de soleil, entailles, blessures sans importance, les mains de Blanche avaient été sculptées par les pattes, les sabots et les serres."
Cécile Coulon a une façon bien à elle d’écrire superbement, avec une économie de mots, avec sécheresse. Elle explore le tréfonds de ses personnages, décrit avec poésie les paysages, mène à son terme sans faiblir cette histoire tragiquement charnelle.
De la belle œuvre !

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