Qui t'a dit que tu étais nu, Adam ? , Tentations mythologiques et philosophiques

Tentations mythologiques et philosophiques

Éditions Jacqueline Chambon

21,00
par (Libraire)
17 septembre 2018

On commence donc par lire le récit biblique ou mythologique, ou le conte ou la légende. Parfois, Michael Köhlmeier s’accorde quelques libertés avec l’original, mais c’est toujours un petit moment de lecture agréable, un délassement avant la réflexion du philosophe.
Puis Paul Liessmann prend la plume pour pointer le thème central, en commençant toujours de la même façon : "Quoi de plus tentant que la tentation elle-même ?" pour l’extrait de la Genèse. Tout l’intérêt des interventions du philosophe est qu’il nous entraîne vers des interprétations qui ne sont pas attendues. Pour ce récit, on s’attend à une réflexion sur "l’irruption du mal dans le monde", sur l’interdit, la tenation, la séduction, mais moins sur la curiosité, le besoin de connaître, "l’envie d’expérimenter quelque chose de nouveau" qui dérange l’ordre du Paradis, qui fait perdre l’innocence et gagner la liberté. . .
De même pour le mythe de Dédale, d’Icare et du labyrinthe. S’attendrait-on à une réflexion sur le travail ?
Parfois, la réflexion se fait polémique. Dans l’histoire de Mime et de Siegfried, celui-ci devient forgeron et atteint un tel niveau de maîtrise qu’il dépasse Mime, son maître si exigeant qui ne cesse d’indiquer à "Siegfried qu’il doit faire encore mieux, que cela ne suffit pas". Liessmann estime que la méthode de Mime est une "erreur pédagogique d’un point de vue actuel", puisque "les élèves ne doivent plus être mesurés qu’à l’aune de leurs propres capacités et non à une tâche devant laquelle ils pourraient échouer". Il argumente que "la maîtrise est devenue suspecte dans notre culture", et prévient : "Ne méprisez pas la maîtres". .
Les récits mythologiques ont ceci de particulier qu’ils recèlent des messages toujours valables pour notre époque. C’est la cas de l’histoire d’Asclépios. Cet élève de Chiron est un "être hybride, fils du dieu Apollon et de la malheureuse Coronis" une Centaure. Il devient un grand médecin et arrive "à ramener un homme à la vie". Ce faisant, il franchit une frontière que Zeus rappelle avant de le tuer : "Seuls les dieux sont immortels". Paul Liessmann explique que "l’homme moderne ne se satisfait plus des frontières de l’existence telles que la nature ou un dieu les aurait définies". Il "étudie la nature, découvre ses secrets pour mieux la déjouer (…) essaie de vaincre la mort". "Les hommes ne sont égaux ni devant la loi, ni devant Dieu, mais ils le sont devant la mort. (…) L’idée que seuls certains humains pourraient jouir de l’immortalité est insupportable. (…) Les artisans modernes de la longévité et de l’immortalité devraient penser à leur aïeul Asclépios lors de leurs travaux de recherche : ouvrir pour un petit nombre de gens une frontière qui vaut pour tous peut être passablement risqué. Suspendre pour un petit nombre de gens une fin qui vaut pour tous est mortel".

Les récits mythologiques et sacrés ainsi que les contes sont voués à l’interprétation du lecteur. C’est ce que font les deux auteurs, d’une manière élégante et agréable à lire. C’est très intéressant...

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