L'Humanité en péril, Virons de bord, toute !

Virons de bord, toute !

Flammarion

15,00
par (Libraire)
1 juin 2019

Le nouveau livre de Fred Vargas n’est pas un roman, mais un essai "sur l’avenir de la Terre, du monde vivant, de l’Humanité. Rien que ça". Le pronostic est sombre, crépusculaire, apocalyptique, car elle explique que l’avenir de l’humanité est compromis par le dérèglement climatique. Si on ne fait rien, la température atteindra 5,7° à la fin du siècle, "un réchauffement de + 4°C signifie plus + 10° sur les continents. La terre devenue de la sorte aride, desséchée, suffocante sera alors invivable pour tous".
Alors, avec "une sorte de nécessité implacable", elle s’est lancée dans "une tâche insensée", écrire ce livre et décrire l’état déplorable dans lequel se trouve la planète, avec la volonté de ne rien cacher. Ce faisant, elle souhaite mettre fin à la "désinformation dont nous sommes victimes". Louable intention qui fait cependant peu de cas de l’information disponible depuis le milieu du 20e siècle, ignorant les travaux de Fairfield Osborn (1949) Rachel Carson (1962) René Dubos (1972), André Gorz (1976) et bien d’autres, ne rappelant pas que le vocabulaire de l’écologie scientifique date d’avant le 20e. Et que donc, l’information était disponible. Fred Vargas insiste sur la responsabilité de nos élus, qui étaient ""Eux", informés", et qui auraient dû "commencer à mettre en place, il y a longtemps, la modification de nos modèles de production et de consommation". Elle reconnaît cependant "Nous aurions pu, et dû, nous, être beaucoup plus vigilants, et nous avons fait preuve d'un manque de discernement et d'une crédulité excessive", il n’est pas certain que cela suffise à nous exonérer de notre responsabilité.
Fred Vargas est une scientifique, elle le rappelle. Elle a fouillé une documentation impressionnante, dont elle nous restitue une synthèse non structurée, qui passe de la production de la richesse mondiale à la hausse des températures, des émissions de gaz à effet de serre au manque d’eau et à la fonte des glaces, de la question de la voiture à l’huile de palme à la déforestation, de la production du café, du chocolat, du soja à l’acidification des océans... Tout est à suivre, sans chapitre, juste des courtes digression provoquées par arrêts provoqués par son "Censeur d’écriture intégré (dit CEI)" qui veille à ce qu’elle ne fasse "pas de hors-sujet, pas d'abus de termes techniques". Le résultat donne le vertige, l’impression de ne rien pouvoir apprendre tellement c’est touffu. C’est un pointillisme trop fourni. Bien sûr, on peut découvrir bien des choses, bien des détails, que la production d’un litre de Coca Cola nécessite de "2,5 à 6 litres d'eau", et "qu'un kilo de bœuf, ça représente une consommation de 13800 litres d'eau", que l’eau du robinet est "100 à 300 fois moins chère que l’eau en bouteille", que le phosphore pourrait être épuisé dans 40 ans et qu’il est vital pour la vie humaine...
Au terme de ce long exposé, l’auteure énumère une série d’actions visant à économiser la consommation de toutes les énergies, aussi bien fossiles que renouvelables (le bois), à limiter nos émissions de Co2 et des gaz à effet de serre, à ménager la biodiversité, à "nous tourner vers tous les produits de l’agriculture et l’élevage biologiques"... "Nous, les Gens", dit-elle, pouvons beaucoup. Certes, mais le changement à faire d’urgence de nos modes de vie et de consommation est si important qu’il est hélas un peu naïf d’imaginer que nous ferons beaucoup sans contrainte.
Cet ouvrage reste intéressant par le cri qu’il lance et la compilation qu’il représente des nombreux rapports (dont ceux du GIEC) et la quantité de données qu’il contient. La célébrité de Fred Vargas fait qu’il sera sans doute beaucoup lu et qu’il contribuera à la prise de conscience de la nécessité de cette Troisième Révolution qu’elle appelait de ses vœux dans un texte lu par Charlotte Gainsbourg à l’inauguration de la COP24, en 2018, cité au début de l’ouvrage.
Il reste que le livre aurait pu être mieux écrit

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