La Vraie Vie
17,00
par (Libraire)
16 octobre 2018

C’est la fin d’une vie familiale « normale ». Gilles se renferme et devient taiseux. Il passe de plus en plus de temps dans la chambre des cadavres, à caresser la hyène empaillée que craint tant sa sœur, et son père se rapproche de lui et l’entraîne pour la chasse. La jeune fille comprend alors que le mauvais esprit de la hyène va envahir la cerveau de Gilles. Elle décide de l’en empêcher en se documentant pour construire une machine à remonter le temps, juste avant la mort du vieux glacier, afin de retrouver le sourire de son petit frère. La petite fille qui rêve que cette chose impossible est possible va garder cette naïveté tout en étant très réaliste : pour arriver à cet exploit, il faut être obstinée, devenir savante, aller très loin dans l’apprentissage de la physique, avoir envie de ne pas être n’importe qui, décider de devenir une seconde Marie Curie. Développant une fine intelligence de la vie, elle va pouvoir grandir en se protégeant presque totalement de la folle violence de son prédateur de père.
Dès le début, on se laisse prendre par le roman sensible et charmant qui se déroule comme un conte, comme s’il n’y avait pas la violence du père envers les femmes de sa famille. L’écriture d’Aline Dieudonné est fluide, coulante. Elle a l’apparence d’une histoire qu’on commence à raconter et que l’on continue comme elle vient, sans calcul, sans but. Mais sans tarder, la tension monte, on pressent au moins un drame, et, en tout cas, des conduites déviantes, des moments odieusement violents. On ne peut cependant pas prévoir le drame ultime, six ans plus tard, quand la jeune fille sera devenue adolescente, qu’elle affirmera sa détermination, sa liberté, sa féminité. L’angoisse monte jusqu’aux dernières pages. Captivé, j’ai lu ce roman d’une traite et j’avoue avoir eu très peur, persuadé que la narratrice allait mourir.

Ce n’est donc pas une histoire racontée comme elle vient. La construction rigoureuse fait monter la tension palier par palier  : la mère qui se réveille de sa passivité, Gilles qui s’endurcit et devient chasseur, la père qui s’aigrit encore après a perte de son emploi, l’engrangement des connaissances intellectuelles de la jeune fille qui lui donnent de l’intérêt pour une autre vie, sa beauté, sa capacité à séduire le Champion, compagnon de La Plume dont elle garde l’enfant, sa détermination, la dureté de la relation père-fille. A chaque palier, on craint la réaction froidement violente du père. Sous cet angle, c’est un roman noir. C’est aussi un roman initiatique sur la sortie de l’enfance, le changement physique, la puissance du rêve, la lente perte de l’innocence et la découverte de la sensualité et de l’amour, la force de l’esprit afin de pouvoir sortir d’une situation de violence destructrice.

La petite fille est devenue une belle personne. Et ce premier roman est une belle réussite.

Tous les conseils de lecture