BettieBook
18,50
par (Libraire)
29 janvier 2018

Ce quatrième roman de Frédéric Ciriez ne contient quasiment que deux personnages que nous présente un narrateur non identifié. Il y a Stéphane Van Hamme, un critique littéraire qui signe Stéphane Sorge. « Ses détracteurs l’appellent SS ; ses amis Super Style ». Son hebdomadaire favori est « Détective ». Il a acquis une certaine notoriété en collaborant au Monde des livres, en tenant des chroniques à la radio et à la télévision. Ses piges lui procurent une vie correcte et une tranquille sécurité, jusqu’au jour où sa critique d’un auteur très connu, Marc Danielewski, est jugée mauvaise. On l’accuse de n’avoir pas lu le livre…
Et il y a Betty Leroy qui, sur BettieBook, sa chaîne Youtube, parle des livres qu’elle lit, exclusivement des « dystopies qui se terminent mal ». Elle travaille à temps partiel dans un petit solarium, comme « technicienne bronzage ». C’est une jolie brune de 22 ans, narcissique, ambitieuse, sérieuse dans son activité de booktubeuse.
C’est pour les besoins d’un article sur les booktubeuses que Stéphane Sorge la rencontre. Une rencontre qui aurait pu être sans lendemain, Betty ne lisant pas le Monde des livres au prétexte qu’elle « habite le nouveau monde des livres, pas l’ancien où [il] travaille ». Mais cette fille le fascine. Il s’abonne à sa chaîne Youtube, la revoit souvent. Il remarque que son audience croît alors que ses revenus diminuent, ce qui l’intrigue. Il lui propose d’être « invitée VIP à la prochaine convention de littérature dystopique à Los Angelès ». Elle est touchée. Ils deviennent amants.
C’est maintenant Sorge qui raconte. Ils sont chez Betty qui l’emporte dans une scène de sexe longuement décrite. Il est le Chat, elle est la Souris, ils portent les masques de Tom et Jerry. La scène est dynamique et perverse. Ici, on ne dira ni pourquoi, ni comment elle se termine mal pour Betty.
Ce livre aurait pu être un essai sur la société digitale qui réduit peu à peu la place et la force de la critique littéraire dans les médias du monde d’avant, sur comment la critique devient du commentaire et parfois du bavardage, sur les abus que permet Internet. Frédéric Ciriez traite ces questions d’une façon ironique, décalée, avec des personnages complexes et opposés. Lui est un critique reconnu, elle est encore débutante. Lui est plutôt vieux, elle 22 ans. Lui est quasiment salarié, elle compte vivre des revenus publicitaires de sa chaîne. L’affaire se termine au tribunal, dans un procès dont Frédéric Ciriez nos livre les pièces : PV de police et d’huissier, témoignages, expertises… Il ne nous dit pas qui manipule qui, ni où est la vérité ? D’ailleurs, y a-t-il une vérité ? L’auteur nous laisse devant un choix à faire qui ne sera en rien objectif.
Frédéric Ciriez ne recule devant rien pour retenir son lecteur avec une écriture baroque, une succession d’exercices de style, des idées drôlatiques, des descriptions ironiques. C’est un grand inventeur ! Son écriture inimitable est d’une grande précision, il connaît le jargon de la presse et il dote ses personnages d’une existence qui pourrait être actuelle .
Etudiant, Frédéric Ciriez a été satiriste au journal « La Presse d’Armor ». Ça se voit et ça donne un roman plaisant à lire, un agréable moment de lecture.

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