Idaho

Éditions Gallmeister

23,50
par (Libraire)
6 juillet 2018

Si vous aimez les intrigues simples, rectilignes, les histoires résolues, alors il ne faut pas lire Idaho !
L’histoire de Jenny qui, en 1995, a tué May, sa fille et dont l’autre, June, a disparu, et d’Ann, la femme qui lui a succédé auprès de Wade, est complexe et déstabilisante à souhait.
Emily Ruskovich a choisi de nous emmener sur les chemins de la mémoire, celle de Wade qui, comme son père, voit ses souvenirs disparaître peu à peu. Ceux d’Ann qui recherche, qui les recueille, qui les rassemble avant qu’il soit trop tard, pour reconstituer l’histoire qu’elle n’a pas connu de Wade et de sa famille disloquée et pour créer son propre avenir. Ceux de Jenny qui a voulu être emprisonnée à perpétuité et qui fuit ses propres souvenirs. La mémoire de ces personnages ne se constitue pas de faits, de dates, de situations précisément décrites. Elle se constitue à partir d’une évocation, d’un regard, d’une musique, de relations d’affection, d’émotions qui en évoquent d’autres. Il faut au lecteur se plonger dans l’écriture splendide et subtile de Ruskovich, se laisser envahir par les souvenirs de ces autres que sont pour lui les personnages du roman, pour saisir l’épaisseur du mystère de cette mémoire qui naît et prend son épaisseur à partir d’un geste, d’un regard, d’une musique, d’un mot...
Le roman se déroule dans l’Idaho, cet État du nord-ouest de l’Amérique, une région où la nature est superbement sauvage. Idaho fascine les artistes et les écrivains dont plusieurs ont ainsi nommé leurs romans. La nature de l’Idaho est présente presqu’à chaque page, décrite avec un soin dont on sent qu’il est admiratif. Une nature qui peut être dure, comme celle qui emprisonne Jenny et Wade au début de leur vie de couple, dans la montagne enneigée, tout au long d’un hiver rigoureux.
Roman déstabilisant, ai-je écrit. À cause du continuel va-et-vient entre le passé et le présent. Parce que les personnages nous resteront incomplètement connus. Parce qu’on ne sait pas avec certitude ce qui s’est passé ou comment ça s’est passé (la mort de May). Parce que de nombreux détails sont disséminés dans le roman. Parce qu’on se saura pas ce qu’il est advenu de June. Parce qu’il n’y a pas d’intrigue au sens habituel du terme. Parce que la fin est très inattendue.
Il reste au lecteur d’avoir été mis en face de souvenirs, d’émotions de sensations, de comportements rendus dans une belle écriture, par une romancière qui a le talent de nous approcher des profondeurs de l’âme humaine et de nous faire nous poser quelques questions.

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