PAR LES ROUTES    prix Femina 2019
par (Libraire)
23 avril 2020

L’autostoppeur est l’ami de Sacha, écrivain, 40 ans, célibataire et sans enfant.Il a quitté Paris pour V., un ville du sud-est de la France. L’autostoppeur et Sacha se connaissent, vingt ans avant, ils ont beaucoup voyagé ensemble avant de s’éloigner l’un de l’autre sans qu’on en connaisse les raisons. À V., l’autostoppeur vit avec Marie, une traductrice de livres italiens, et avec Agustin, leur fils. L’autostoppeur vit de petits boulots, de bricolages qui lui laissent la liberté de partir n’importe quand, pour des voyages en France, sans but, avec des gens très divers, des hommes ou des femmes, jeunes ou âgés, de toutes conditions sociales. À chacun, il dit la même chose, qu’il se "fiche un peu d’arriver où que ce soit", qu’il est "surtout venu les voir eux", qu’il "les trouve admirables de l’avoir pris", que "c’est le critère suprême de l’hospitalité : être capable d’ouvrir sa portière au parfait inconnu". Il les photographie tous. Il semble se livrer moins qu’il n’écoute les gens. Avant de revenir, il envoie des cartes postales à sa famille, à son fils.
Peu à peu, alors que Marie et Sacha sont de plus en plus proches, l’autostoppeur part de plus en plus souvent, vers des destinations que lui donne son fils qui, ainsi, voyage à distance avec son père. Puis il part encore plus souvent, pour des voyages de plus en plus longs, toujours sans but.
Les correspondances et récits de l’autostoppeur racontent les provinces de France, les communes éloignées de Paris, les monuments, les campagnes, les aires d’autoroutes, les stations-service, les automobilistes aimables et cordiaux qui le transportent. Jusqu’au jour où le voyage se fait long, long… sans retour de l’autostoppeur.
Mais on ne dira rien de la fin, étonnante et inattendue.
Avec "Par les routes", Sylvain Prudhomme nous livre un texte fortement romanesque à partir d’un thème banal:l’auto-stop. Son écriture captive le lecteur par son charme, sa légèreté, sa ponctuation réduite au minimum pour le laisser choisir l’émotion, l’intensité de ce qu’il lit.
Au début du roman, Sacha développe rapidement son objectif "changer d’air. Destruction, reconstruction". C’est ce qui arrive, une amitié qui se désagrège, un amour qui se construit, dont prend acte l’autostoppeur qui laisse l’équilibre de son couple se déplacer vers le couple qui se crée entre Marie et Sacha.
Quand il voyage, l’autostoppeur écoute celui qui le transport. On le sent dans une vraie empathie avec son chauffeur. Sil s’éloigne de Marie et d’Agustin, est-ce parce qu’il ne peut être présent avec la même intensité à ses chauffeurs et à Marie? L’auteur ne répond pas. Si ce n’est que la finale du roman peut laisser penser que l’autostoppeur a été important pour chacune des personnes qui l’ont transporté.
Ce très beau roman rappelle que pour qu’il y ait voyage, il faut qu’un retour existe. Ulysse part des années en voyage, mais il revient dans sa maison et retrouve Pénélope. Le voyageur est un explorateur qui n’a de cesse de repartir jusqu’à parfois disparaître.
La lecture de "Par les routes" est addictive. À la dernière page, on se prend à regretter que ce road-trip ne fasse que 300 pages !

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