L'enfer des rêves

L'enfer des rêves

Theodore Roszak

Le Cherche Midi

  • 21 juin 2010

    Un vieux fantasme freudien, lire les rêves, sert de point de départ à cette histoire mêlant mysticisme, psychanalyse de comptoir et complot politique sans grand intérêt. Si l’intrigue tourne autour de ce dernier, le récit s’en désintéresse rapidement. Roszak s’en débarrasse tout de suite en distribuant les rôles : l’église et la cia feront les méchants, comme d’hab. On suit une femme qui vit depuis toujours avec un poids qui a failli l’entraîner hors de la raison, elle n’a jamais rêvé. C’est dommage que le livre ne tire pas plus parti de cette situation, de ce manque, préférant se focaliser sur son autre particularité : si elle ne rêve pas, elle est en revanche capable de rentrer dans les rêves de toute personne avec laquelle elle a auparavant noué un lien, positif ou non. Non seulement elle observe, mais elle peut s’immiscer dans le rêve, le détourner, manipuler l’inconscient du dormeur en se faisant son amante. Elle ne s’en ait pas privé dans le passé, là aussi c’est dommage, toutes les tentations que ce pouvoir pouvait provoquer sont vite rejetées, aujourd’hui cette femme met ce pouvoir au service des autres. Après avoir été la patiente d’un scientifique, elle est devenu son assistante, l’aidant dans ses recherches en s’introduisant dans les rêves de ses patients. Cela devient ne réellement intéressant que lorsque naît l’idée d’une confrontation : et si deux guetteurs de rêve se rencontraient, dans un rêve, dans la mort ? L’enfer trouve vite ses limites, dans la retranscription des rêves que livre Roszak, capable de fabriquer une géographie, une logique propre au rêve (les mauvais rêves, les rêves noirs, sont situés en profondeur) à laquelle devrait justement échapper le rêve, sans pouvoir créer un langage à la hauteur de son ambition. D’un côté on tente de rationaliser, de l’autre on nage dans un fantastique œcuménique où les mots semblent rester en deçà de ce que l’on veut nous montrer. La description du traumatisme, de ces cauchemars invasifs téléguidés par des comploteurs sans imagination, reste terne dans l’ensemble. Roszak tente tout de même de poser des mots sur l’avilissement moral et sexuel des guetteurs, sur la brûlure de la honte qui leur tient compagnie à leur réveil, parce que eux savent. C’est quand même pas si mal.