Abattre la bête, Roman

David Goudreault

Philippe Rey

  • par (Libraire)
    19 juillet 2021

    Le lecteur est prévenu : "à la fin de ce récit, je vais me tuer. Et puis mourir.C’est ainsi."
    L’homme, la Bête, est enfermé dans une structure psychiatrique. Il passe des jours nu, attaché sur une table, ne rêvant que de s’évader ,et de retrouver sa mère. Alors que l’avocat lui avait recommandé de plaider l’aliénation mentale, on constate qu’il est loin d’être dépourvu d’intelligence quand il arrive à s’évader.

    Dès qu’il est dehors, il s’habille en punk et se fait tatouer une cible sur le front, ce qui en fait de facto, un homme à abattre. À Montréal, il fuit à la recherche de sa mère, tuant à l’occasion sans aucun remord pour ses victimes, rencontre Maple qui arpente le trottoir et "tombe en amour" de Bébette, une très jolie punkette, a des relations effrénées avec elles, prend de la drogue, manipule tous ceux qu’il peut entourlouper, tient des propos racistes, sexistes et homophobes… Bref, la Bête n’est pas le personnage que l’on rêve de rencontrer le soir en sortant d’un cinéma. Pourtant, l’homme est tellement en manque d’amour, sa recherche de sa mère est tellement touchante qu’on se prend à espérer qu’une bonne âme lui vienne en aide.
    Sauf que le début du roman du québécois David Goudreault ne laisse aucune illusion sur la fin. Avec un humour déjanté, une plume alerte, il fait assumer son destin à son héros. Il fait varier les rythmes, maintient un bon niveau de brutalité et de vulgarité, un langage cru et sans filtre, fait se succéder des péripéties cyniques et hilarantes. L’humour de l’auteur adoucit la barbarie du sujet et permet au lecteur d’aller à la fin de ce roman psychologique et social sans être durablement choqué et traumatisé par la vie de la Bête, que la société a rejeté et abruti.
    Ne croyez pas que ce roman soit totalement dystopique. Le regard acéré, cruel et critique de David Goudreault sur l’enfermement des psychopathes et sur les traitement qu’on peut leur faire subir ne laisse pas de doutes sur leur existence réelle. Il oblige le lecteur à se positionner sur cette forme de violence.
    "Abattre la bête" est un roman indispensable. Il faut le lire. "C’est documenté".