Mon frère italien

Mon frère italien

Giovanni Arpino

Belfond

  • 23 octobre 2011

    La découverte d'un grand auteur

    A travers une verve caustique qui dépeint avec beaucoup de fatalisme cette Italie des années 70 en perdition, Giovanni Arpino signe un roman d’une grande force narrative. Les protagonistes de ce roman sont deux vieillards à la retraite que tout oppose. L’un est issu de la classe ouvrière, l’autre de la classe intellectuelle. L’un est originaire du Nord, l’autre du Sud. Pourtant, les deux anciens se rallient dans leur désespoir et dans leur humiliation. Perdus dans cette Italie qu’ils ne reconnaissent plus et dont la lente dégradation leur laisse un goût amer, ils vont s’unir pour sauver leur « honneur » bafoué par leurs filles respectives, deux fiascos complets dont-ils ont honte…

    Laver son honneur dans le sang, voilà qui semble bien digne des mafieux de Cosa Nostra où la dignité de la famiglia passe avant toute chose. C’est donc avec une extrême noirceur que Giovanni Arpino décrit ce Turin au soleil écrasant, où l’on bastonne les vieillards au détour des rues pour trois francs six sous. Une ville de petits malfrats où les honnêtes gens n’ont plus leur place, une ville de décrépitude morale et de décadence. L’auteur, en fin observateur des mœurs de son temps, nous narre la rencontre de deux âmes sœurs, vieillards figés dans l’attente de la mort salvatrice. La plume de Giovanni Arpino est évocatrice, écrasante et caustique, la narration légèrement syncopée donnant du cachet à l’œuvre. On suit ce récit avec compassion et douleur, mais surtout avec consternation face au déclin du pays et de ses acteurs. Seule touche lumineuse, ancrée à la vie et à l’aspect immuable des choses, le chat Staline, éternel compagnon de Carlo Botero, qu’il appelle affectueusement « adjudant ». Digne comme un chat, le vieil instituteur semble finalement avoir plus de choses en commun avec cet ami à fourrure, qu’avec ses semblables.

    En bref, « Mon frère italien » est un roman acerbe, servi par une très belle plume évocatrice. Le portrait brossé de Turin par Giovanni Arpino est révélateur du déclin de ce pays, qui sombre sous sa corruption omniprésente. Giovanni Arpino se dresse en fin observateur des mœurs de ses pairs et signe une satire grinçante et juste, qui se révèle en tous points une incroyable découverte. Que je suis heureuse d’avoir faite.