Le jour avant le bonheur

Le jour avant le bonheur

Erri De Luca

Gallimard

  • 20 juillet 2016

    Dans un quartier populaire du Naples de l'après-guerre, un orphelin vit seul dans l'immeuble où don Gaetano est concierge. Le vieil homme solitaire et l'enfant abandonné forment, sans le dire, une famille de cœur. Ignorant de son histoire familiale, l'orphelin apprend tout du sage concierge. C'est lui qui lui enseigne la scopa, ce jeu de cartes napolitain où il excelle, c'est lui qui lui raconte la ville pendant la guerre, les nazis, les fascistes, le juif qu'il a caché, l'insurrection du peuple, sa vie en Argentine, c'est lui aussi qui lui apprend la plomberie, qui l'envoie chez la veuve de l'immeuble pour de menus ''réparations''. Et don Gaetano n'est pas seulement un bricoleur hors pair, un champion de la scopa, le meilleur cuisinier pour les pâtes patates, il sait aussi attraper les pensées des gens qui volent jusqu'à lui. C'est comme ça qu'il sait que l'orphelin n'a jamais pu oublier la petite fille du troisième qui le regardait derrière sa fenêtre alors qu'il tentait d'être le plus brillant des gardiens de but de la rue. Quand elle réapparaît dans sa vie, le concierge le met en garde...

    De Naples ou de don Gaetano qui est le héros de cette histoire ? Les deux car ils sont liés dans le même amour que l'orphelin narrateur leur porte. Dans une langue rendue vive par le patois napolitain, Erri De Lucca raconte le parcours initiatique d'un jeune garçon, une ''bonne graine'' dans une ville dont il apprend aussi à connaître l'histoire et la géographie grâce à son mentor. Et l'enfant va grandir, bercé par les récits du vieux concierge, guidé par ses conseils, nourri par les livres que lui prête le libraire don Raimondo, instruit par l'école publique et gratuite.
    Cet ode à Naples, ce récit initiatique qui prend parfois des allures de conte est un petit bijou de poésie, de délicatesse et d'humanité. A lire sans modération.