Les abeilles grises

Andreï Kourkov

Liana Levi

  • Conseillé par (Libraire)
    18 janvier 2024

    Sergueïtch et Pachka sont deux retraités vivant en 2014 dans un village abandonné de la "zone grise", coincé entre l’armée ukrainienne et les forces séparatistes soutenues par la Russie. Seuls habitants du village, ils sont obligés de se fréquenter alors que leurs points de vue sur le conflit sont très opposés. Dans ce village sans électricité, tous deux survivent pendant un hiver rigoureux, exposés à des canonnades, des tirs de snipers, des explosions. Qu'ils tissent des liens, s'entraident, boivent ensemble de l'alcool, est le signe d'une possible réconciliation.

    Sergueïtch est apiculteur et le soin de ses abeilles est sa raison de vivre. Il pratique une sorte de médecine et faisant des siestes sur un matelas installé sur ses ruches. L'été venu, il charge ses six ruches sur la remorque de sa vieille Tchetviorka et part vers la Crimée contrôlée par les russes. Ses abeilles ont besoin de douceur, de soleil et de fleurs. Lui a besoin de calme, de communion avec la nature. Il vit sous la tente plantée dans un champ, rencontre des femmes de paix dans le proche village, noue quelques relations simples et pacifiées avec des petites gens, des Tatars. Mais son bonheur n'est qu'une trêve, toujours les événements le rattrapent dans son pays en guerre ou dans la Crimée sur laquelle veille l’œil de Moscou.
    Sergueïtch est un homme simple et bon, qui ne peut vivre que chez lui et avec ses abeilles. Il ne conçoit pas que la guerre puisse durer et attend la paix. Il a le souci des autres et est toujours prêt à aider, à partager le peu qu'il a. Avec ce personnage, Andreï Kourkov construit un conte qui nous enchante et nous émeut, qui nous surprend et nous attriste. Se mettant au niveau de cet homme simple, il met en scène toute l'horreur de la guerre. Usant de la fable animalière, il montre que les abeilles sont sages, plus sages que les hommes, que "non, les humains ne valent pas les abeilles".
    Un très beau roman parfois cocasse, triste, plus profond et plus engagé qu'il n'y paraît.