1, Sangsues

1, Sangsues

Daisuke Imai

Casterman

  • 13 avril 2016

    Dans ce premier tome de « Sangsues » de Daisuke Imai, nous allons à la rencontre des évaporés, ces quelques centaines d’habitants qui, chaque année, disparaissent sans laisser de traces au Japon. Pression monstrueuse au travail, vie de famille difficile, problèmes financiers, on ne sait pas trop. Mais tout porte à croire que ces gens s’évanouissent dans la nature car ils se sentent dépassé par la société. A partir de ce phénomène sociétal réel, Daisuke Imai dresse le portrait d’une jeune femme, Yoko, qui à la suite d’un accident va choisir de ne pas démentir sa mort et commencer une vie parallèle en tant que « sangsue ». Pourquoi donc ce terme ? Parce que Yoko qui ne possède plus d’existence « réelle » s’introduit chez des gens absents (au boulot, en vacances, etc.) pour y prendre une douche, manger, passer du temps… et ce toujours en remettant tout à sa place et en partant avant le retour de la personne, de sorte qu’elle ne se rende compte de rien… En gros, en vivant à ses dépens, comme un micro-organisme qui aurait investi sa maison. Flippant, non ? Qui sait, vous abritez peut-être une sangsue vous-même chez vous sans le savoir…

    Ce premier tome pose les bases de ce mode de vie si particulier et nous emmène sur les pas de Yoko, qui s’improvise sangsue sans même en connaitre les règles. Car oui, il y a un code à suivre pour devenir sangsue et Yoko va vite le faire voler en éclats et mettre ainsi sa vie en danger. L’atmosphère est mystérieuse mais aussi angoissante, Daisuke Imai jouant sur le sentiment d’intrusion et de perte de repères qu’opère Yoko et ses semblables. En cela, la mise en scène est très bien faite car elle laisse la place à des arrêts images par images, avec un détail qui change de-ci-de-là mais qui entraine la peur. Un peu comme dans les films d’épouvante où le personnage est allongé sur le lit, il y a une douce brise qui agite les rideaux, tout est calme, puis zoom sur les jambes de quelqu’un qui se tient penché près de lui. De quoi glacer le sang ! On remarque d’ailleurs que dans tout le tome, le mangaka use de procédés cinématographiques et que l’impact visuel est très important pour lui, au détriment peut –être de dialogues peu présents dans ce premier volume. Côté graphisme, c’est agréable à l’œil, avec des contrastes très appuyés. Beaucoup de noir pour renforcer l’aspect angoissant, les mouvements mis à l’honneur, même si on peut regretter le manque de décors qui créé une impression de vide parfois. Néanmoins, l’ambiance est posée, l’intrigue pleine de suspense et notre héroïne fort sympathique. Unejeune fille comme une autre, qui va vivre une expérience hors du commun.