par (Libraire)
4 janvier 2022

Depuis l’école, Rachel et Adèle sont amies alors que presque tout les oppose. Si elles sont la fierté de leurs familles, Adèle est fille d’un ingénieur qui aurait voulu être mathématicien et qui veut que sa fille le devienne. Rachel est d’une famille de littéraires, très cultivée, où le rite de passage, à 18 ans, est de lire La Recherche parce que "tout le monde lit "La Recherche" ! – Régulièrement", l’œuvre de Proust et pas le magazine comme le comprend le père d’Adèle. Elle deviendra écrivaine.
Le roman commence par l’annonce du suicide d’Adèle, à 46 ans, sans explication. Personne ne comprend, encore moins Rachel qui raconte leur vie et tente de trouver l’explication.
Nathalie Azoulai publie un roman qui n’est pas dépourvu de suspense alors qu’on connaît la fin dès le premier paragraphe. Elle décrit bien le mécanisme de l’amitié des deux filles et des deux familles. Elle montre comment le désir des familles influence et même détermine la construction des personnalités. Chez les Deville, bien sûr, on espère que Rachel restera dans leur monde de littéraires, comme enseignante ou chercheuse, mais on n’en fait un objectif, on vit la passion pour le plaisir qu’elle procure dans l’instant, pas comme asservie à un but à atteindre. L’ambition n’est pas la même que les scientifiques, on peut discuter sans fin sur un livre, un concept.
Chez les Prinker, c’est tout l’inverse, toute la vie d’Adèle est occupée par les mathématiques. Elle deviendra une mathématicienne de haut niveau, cherchera à obtenir la médaille Fields, fera tout "comme un homme" car les maths sont faits pour les garçons, pour celui que son père attendait lorsqu’elle est née. L’ambition est forte puisqu’on ne peut échouer, "En maths, quand un résultat est bon, il est bon". On cherche, souvent seul, jusqu’à trouver, et on attache son nom à ce qu’on a démontré.
Souvent Rachel admirera l’intelligence et la rigueur de pensée de son amie, sa perspicacité, sa force de caractère, son goût pour la compétition. Dans sa famille, il n’en était pas ainsi. Mais cette ambitieuse rigueur a son côté sombre...
Le double portait de femmes que nous livre Nathalie Azoulai est très bien structuré et sa lecture est fort agréable. Il explique bien comment les études littéraires ou scientifiques ne sont pas que destinées à accéder à des métiers, où se trouve "Le Savoir", qu’elles fabriquent une identité, agissent sur la vie personnelle, familiale, amoureuse, et encore plus quand la famille les soutiennent.

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