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Les Loyautés
17,00
par (Libraire)
8 février 2019

Dans ce collège, deux élèves de cinquième se cachent sous l’escalier qui mène à la cantine pour boire des alcools forts.
Théo vit en alternance chez sa mère, une femme rigide et autoritaire qui n’a pas supporté le départ de son ex-mari, et chez son père, un chômeur qui a sombré dans la tristesse et cessé toute vie sociale. Mathis vit dans sa famille qui semble normale, à part que sa mère porte en elle de lourds traumatismes dont elle essaie de se débarrasser chez un psychanalyste, et que son père , un homme placide et de bonne éducation le jour, se dédouble le soir et "sème son mépris et crache son venin" sur les réseaux sociaux.
Dans ce collège, une professeure, Hélène, repère cet élève qui cherche à "se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas". Hélène qui a vécu une enfance bien abîmée, qui s’en est sortie socialement, a sans doute une sensibilité particulière pour développer une empathie avec ces enfants maltraités mais loyaux.
Car le roman porte pour titre "Les Loyautés" qui sont "des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes"…. Des lois, des valeurs, des principes, des fondements, "les tremplins sur lesquels nos forces se déploient". Chaque personnage est tenu par ces loyautés. Théo ne parle pas de son père, n’invite pas Mathis chez son père pour maintenir secrète sa déchéance. Mathis qui l’y a ramené un jour qu’il avait trop bu n’en dira rien non plus. Mathis, encore, qui ne dit rien de l’addiction de son ami, mais qui s’interroge lorsque l’abus d’alcool devient dangereux et trouve la force d‘en parler. Cécile, la mère de Mathis, ne lui dira rien de la duplicité de son père, mais au nom de ses principes, ne la cachera pas à des amis. Elle cache aussi à son mari et ses enfants qu’elle va voir un médecin, "c’est beaucoup mieux comme ça". Tous les personnages de ce roman vivent des loyautés, adultes et enfants. Mais c’est pour les enfants que Delphine de Vigan prend cause. En témoigne la scène où Théo est humilié par la professeure de sports, scène où les élèves expriment une forme de loyauté vis-à-vis de leur camarade, "Il s’attend à être accueilli par des gloussements et des moqueries, mais personne ne rit".
Delphine de Vigan ne décrit pas ce que pensent ses personnages, elle les fait vivre, les regarde mener leurs vies, se confronter à des décisions qu’il faut prendre, se plonger dans leur histoire jusqu’au moment où ils assument leurs loyautés, qu’elles soient par rapport à d’autres ou par rapport à eux, à leurs convictions et principes. C’est finement vu et décrit, c’est dit sans jugement et avec délicatesse. Au fil du roman, l’addiction de Théo s’aggrave jusqu’à une fin brutale et bouleversante qui surprendra le lecteur.

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