Conseils de lecture

Rappeler les enfants
19,00
par (Libraire)
18 mai 2019

Dans le collège public d’une banlieue parisienne, Alexis Potschke met en scène un jeune enseignant de français auprès d’élèves d’une classe de sixième jusqu’à la troisième. Il raconte son métier et fait apparaître la personnalité de plusieurs élèves qui ne sont pas toujours très passionnés par sa discipline. Au long des quatre années du collège, les petits sixièmes grandissent, s’affirment, entrent dans l’adolescence, découvrent le monde et s’y engagent par le biais de l’enseignement du français, mais aussi des échanges autour des attentats du Bataclan, du décès de Michel Tournier, de l’anniversaire de leur prof, de Daesch et de bien d’autres sujets. Alors la classe se pose, réfléchit, se questionne, débat, affirme une position. D’autres fois, c’est une lecture, l’apprentissage d’un poème. On assiste à ces moments avec une forte sensation de réalité, comme si on se trouvait dans la classe. Ils sont surprenants, émouvants et inspirent le respect envers ces élèves aussi bien qu’envers l’enseignant.
On se doute que son quotidien de ce jeune prof n’est pas toujours facile, que ce n’est pas à chaque heure que ses élèves aiment apprendre. On admire qu’il soit sensible, qu’il aime et sache regarder, observer et comprendre ses élèves qui sont aussi des enfants, qu’il soit bon pédagogue.
Il y a de belles descriptions de la vie d’une classe de collège, des enseignants et des élèves. Tout en sachant les ombres et les difficultés d’enseigner, on apprécie ce regard positif d’un prof qui trouve son bonheur à être avec ses élèves, qu’il enseigne, qu’il écoute, qu’il guide vers leur autonomie.


Sur la route du Danube
23,00
par (Libraire)
18 avril 2019

Il a donc traversé dix pays, tout en racontant l’histoire des villes et paysages, narrant les invasions barbares, les guerres, les changements de frontière du passé et les migrations d’aujourd’hui. Son "récit l’arpentage" raconte une frontière entre une Europe et une autre - car l’Europe de l’Est n’a pas disparu, un repérage des points de contacts entre un pays et un autre, des endroits où l’on ne passe pas, parce qu’il n’y a pas de pont, pas de bac, de là où il y a des miradors et des barbelés comme ceux que Viktor Orban a mis pour séparer la Serbie de la Hongrie. Car un fleuve comme le Danube sépare autant qu’il unit. En passant, on réalise que tous les pays ne sont pas d’Europe de la même façon, certains sont dans l’espace Schengen, d’autres pas. Et il y a les héritages du monde chrétien, mais surtout de l’Empire ottoman, comme l’indiquent ces mosquées qui sont devenues musées. L’Europe du Danube est fortement diversifiée et mélangée comme en témoigne la petite ville de Vidin, Bulgarie, cette "cette petite Jérusalem danubienne" qui possède des lieux de culte pour les trois religions monothéistes et où "il y avait autrefois des Albanais, des Kurdes, des Druzes, des Grecs, des Turcs, des Tziganes, des Arméniens, des Juifs sépharades, des Tatars et des Circassiens".
Notons qu’il n’a pas, comme tant d’autres, descendu le fleuve de la source à l’embouchure, mais qu’il a remonté "le Danube dans le sens des invasions barbares et des grandes migrations, […] caressé l’Europe à rebrousse-poil"
Le récit d’Emmanuel Ruben n’est pas que celui d’un géographe (même s’il connaît des "extases géographiques"), c’est celui d’un géopolitiste qui a une vision politique de l’Europe. De cette Europe économique qui n’est pas encore sociale, il craint la disparition : "nous savons que cette Europe, qui s’est suicidée tant de fois et qui meurt aujourd’hui à petit feu, n’aura pas de troisième chance si elle s’autodétruit de nouveau. Oui, autant l’avouer, le vrai sujet de ce livre n’est pas le Danube mais l’Europe".
C’est aussi le carnet de route d’un cycliste (les distances indiquées sont exactes) passionné de vélo qui revient dans son pays natal, d’un amoureux des fleuves, d’un Européen "Oui, autant l’avouer, le vrai sujet de ce livre n’est pas le Danube mais l’Europe".


Les gratitudes
17,00
par (Libraire)
5 avril 2019

(...) Comme pour "Les Loyautés", le titre est au pluriel et invite à considérer l’ensemble des deux livres – et sans doute à en attendre un troisième – et le thème qui sous-tend chacun : la loyauté à soi-même et aux autres, la gratitude, ainsi qu’au contexte social des deux ouvrages : l’adolescence et l’alcoolisme, la vieillesse et les foyers de personnes âgées. .
Ce livre de Delphine de Vigan n’est pas un livre sur les Ehpad et les conditions de vie et de travail des personnes qui y vivent. Il y a très peu de détails son lieu de vie.
En écrivant sur la vieillesse, Delphine de Vigan embrasse la vie entière, depuis l’enfance et ses douleurs qui ne disparaissent jamais jusqu’à la mort. Elle décrit une vie qui s’épure, qui se dépouille, qui ne doit pas se terminer sur des regrets. Elle met en valeur un sentiment que la société moderne oublie trop souvent de valoriser, la reconnaissance, la gratitude envers celles et ceux qui ont permis que nous soyons ce que nous sommes. Elle insiste sur les relations entre les personnes, sur l’empathie qui se crée et qui nous touche.
Un roman émouvant, écrit avec une grande finesse et une extrême délicatesse, qui ne peut laisser indifférent.


Nuits appalaches

Éditions Gallmeister

21,40
par (Libraire)
2 avril 2019

Démobilisé après la guerre de Corée, le jeune Tucker, dix-huit ans, revient chez lui dans son Kentucky natal. Il évite les endroits trop peuplés, préférant la tranquillité des collines et de la nuit qui le calment. Il croise Rhonda, quinze ans, qu’il sauve de son oncle qui voulait la violer. Un seul regard leur suffit pour qu’ils deviennent amoureux. Ils décident de se marier et de ne jamais se quitter de toute leur vie.
Tucker trouve un emploi auprès de Beanpole, un trafiquant d’alcool. Rhonda et lui vivent dans une grande précarité. A part Jo, leur aînée, les trois autres enfants sont handicapés. Quand Rhonda sera enceinte, enfin, d’un garçon, Tucker sera en prison pour plusieurs années. Il tiendra en pensant à leur famille qui est leur raison de vivre. Quand les services sociaux voudront leur enlever les enfants handicapés, où quand, dix ans plus tard, Beanpole tentera de ne pas tenir la promesse faite à Tucker à son entrée en prison, celui-ci retrouvera ses réflexes de soldat très entraîné pour éliminer ces gens.
Sauf quand il décrit somptueusement la nature du Kentucky, Chris Offut est avare de mots. La vie défile vite, décrite sans détail inutile. Cette écriture ajustée justifiera une sorte d’additif au roman où, en quelques lignes, il résumera la vie de chaque personnage après que le couple aura trouvé sa sécurité. Tucker et Rondha sont des gens modestes, qui n’ont pas de chance dans la vie, qui sont droits et demandent peu : vivre heureux en famille. Ils ont un sens poussé de l’honneur, qu’ils défendent avec détermination, sans s’embarrasser de la morale ordinaire. Cela donne un roman noir profondément amoral selon les normes sociales, et pourtant très marqué par l’éthique et la dignité de ces gens attachants.
"Nuits Appalaches" est le roman d’une Amérique sauvage, un roman d’amour qu’on ne peut lâcher avant le dénouement.

- Alors pourquoi tu me regardes pas ?
Il fixa le goudron ramolli par le soleil de midi. Un brin d’herbe pointait au milieu d’une empreinte de pas. Il entendit le coulicou de nouveau.
- Parce que, dit-il.
- Parce que quoi ?
- Parce que tu es jolie.


Poulets grillés
18,50
par (Libraire)
1 avril 2019

À trente-sept ans, Anne Capestan est nommée commissaire de police. Elle sort d’une suspension de six mois pour prendre la direction d’une nouvelle brigade qu’a constitué le directeur de la Police judiciaire, Buron, son mentor. Cette brigade n’est pas installée au 36 quai des Orfèvres, mais dans un ancien appartement, rue des Innocents. En effet, elle rassemble quarante personnes qu’on préférerait voir quitter la police, "je vous la fais courte : on nettoie la police pour faire briller les statistiques. Les alcoolos, les brutes, les dépressifs, les flemmards et j'en passe, tout ce qui encombre nos services mais qu'on ne peut pas virer, on le rassemble dans une brigade et on l'oublie dans un coin". Sa mission est d’étudier à nouveau des affaires non résolues. La fine équipe comptera un peu moins de monde : Louis-Baptiste Lebreton, un flic venu de l’IGS qui avait enquêté sur la bavure de Capestan, Eva Rosière qui s’est fait un nom et une fortune en écrivant des polars et les scénarii d’une série, Merlot qui est surtout un pilier de bar, Orsini l’informateur clandestin de la presse, José Torrez, le flic qui porte malheur à ceux qui l’approchent, la discrète lieutenant Évrard, une joueuse compulsive mise au placard pour des présumées magouilles, ainsi que quelques autres.
Rien que des bras cassés, une équipe qui va révéler, comme dira Buron, "une troisième voie insoupçonnable car placardisée. Mais bien construite".
Ils vont s’intéresser à deux affaires de crimes non résolues. Celle vieille de vingt ans du marin Yann Guénan, retrouvé dans la Seine après avoir été exécuté. Et celle de Marie Sauzelle, une ancienne institutrice tuée sept ans plus tôt, dont se chargent Capestan et Torrez. C’est un cambriolage qui aurait mal tourné. Des détails ne concordent pas. Que la maison ne soit toujours pas vendue ni nettoyée et qu’un voisin bizarre la surveille, accrochent leur attention. Deux enquêtes à mener sans moyens par des policiers peu motivés au départ. Capestan ayant une autorité réelle, une attention à chacun et la volonté que son service réussisse là où les autres ont échoué, les affaires vont avancer vers leur terme. Le cas vite résolu du jeune Riverni, un dealer fils de ministre, qui met en émoi toute la hiérarchie, va montrer aux incrédules ce dont la brigade est capable...
Car cette équipe parvient à des résultats indéniables grâce à l’opiniâtreté de la commissaire Capestan, à sa douce fermeté et à son empathie, aux particularités de chacun, à la rigueur de quelques-uns et à la bonne ambiance qui s’installe dans le groupe qui devient une sorte de famille où il fait bon vivre..
L’intrigue de ce roman policier est bien ficelée, il faut le préciser parce que le début prépare plutôt le lecteur à un roman ironique qui se moquerait de la police. C’est bien mené, drôle, joyeux et parodique. À ne pas laisser passer