Conseils de lecture

Edition Collector

Albin Michel

22,90
par (Libraire)
13 janvier 2022

Donc, ces deux jeunes personnes qui ne se connaissent pas se lancent dans un voyage qui va les mener dans de jolis villages des Pyrénées. Si on sait ce qui a déterminé Émile, on ne sait rien de ce que fuit Joanne qui semble blasée et indifférente à tout. On l’apprendra au fil du passé vers lequel l’auteur nous ramène régulièrement. On découvrira d’où vient la force qui lui permet d’être fidèle à sa promesse de rester avec Émile, même lorsqu’il aura oublié qui elle est : "C’est une promesse que je te fais, ou plutôt… plutôt un engagement que je prends… pour que tu sois certain que je suivrai tes instructions jusqu’au bout, que je protégerai ta liberté coûte que coûte, que je veillerai sur toi jusqu’à la fin…". Une fin inattendue, imprévisible...
Ce roman est un roman de voyage, non seulement parce qu’il y a un camping-car, mais parce qu’il nous emmène dans de beaux endroits : Mosset, Aas, Lescun, sur le sentier des Muletiers qui monte au Pic du Midi de Bigorre. Un voyage qui provoque de belles rencontres, pleines d’humanité.

C’est aussi le récit d’une maladie dont on suit l’évolution, d’abord des étourderies, puis des oublis, des black-out de plus en plus importants, jusqu’à l’oubli du présent, la confusion totale. C’est dit sans froideur et sans pleurnicher. Et au moyen de ce récit, l’auteure aborde la question du sens de la vie quand on se sait condamné, du droit de décider de sa vie – et de sa mort - tant qu’on a encore la faculté de choisir, et du respect de ce choix.
Il faudrait citer les nombreux autres sujets qui émaillent ce roman : les carnets qu’Émile et Joanne rédigent, les lettres, la méditation de pleine conscience, la vie avec un enfant autiste, l’écologie, l’entraide dans l’éco-hameau, la fidélité… Ils ne s’entassent pas, ils sont là parce qu’ils font partie de la vie des personnages.
Lire ce gros et original roman, c’est faire un beau voyage à la rencontre de deux personnages qui resteront longtemps dans notre mémoire. Ce n’est pas un roman triste, au contraire, il célèbre la vie, l’amour, la nature, la résilience, l’espoir, et il est servi par une écriture fluide et maîtrisée..

Il m’a fait me souvenir de ce passage d’un roman de Pierre Bottero (Ellana, l’Envol. - Rageot éditeur) : "La mort est un cadeau que nous offrent ceux qui partent. Un cadeau exigeant, écrasant, mais un cadeau. La possiblité de grandir, de comprendre, d’apprendre".


Roman

Éditions Gallmeister

22,40
par (Libraire)
11 janvier 2022

Le roman se déroule dans un ranch du Texas dans les années cinquante. On y élève des bovins, quelques chevaux et porcs. Au ranch vivent sept personnes : le grand-père, Homer Bannon, encore assez en forme à quatre-vingts ans, propriétaire et patron du ranch ; La Grand-mère, sa deuxième épouse, une femme fantasque et assez exigeante avec les autres ; Hud le beau-fils de Homer et fils de la Grand-mère, un être imbu de sa personne, violent et craint de tous ; Jesse et Lonzo, deux cow-boys qui s’occupent du bétail ; Halmea, la cuisinière noire. Le narrateur est Lonnie, 17 ans, le petit-fils de Homer Bannon, orphelin, qui s’ennuie souvent mais qui est très intéressé par ce qui se passe dans et hors du ranch ?

L’âge du Grand-père, la violence et l’insolence de Hud, l’immaturité de Lonnie, la négritude de Halmea, le troupeau forment un ensemble fragile qui peut éclater à tout moment.
C’est ce qui se passe quand une des vaches tombe malade. Le vétérinaire de l’État appelé vient sur place et diagnostique une épidémie de fièvre aphteuse. Tout éleveur sait ce qui va advenir, l’abattage du troupeau et son incinération, la mise en quarantaine de l’exploitation.
Lonnie vit dans ce ranch à l’ancienne où les vaches sont à l’année dans les vastes prairies et où les cow-boys à cheval parcourent le troupeau pour surveiller et soigner les vaches.
Au-delà du ranch, il y a la ville, les cafés, les copains, les filles, l’animation : la vie moderne. L’adolescent s’est attaché à Halmea avec qui il est en confiance. Lorsque Hud la violente sous ses yeux, il découvre la violence humaine contre laquelle il se trouve impuissant, "J’étais incapable de tirer sur Hud".
Le roman est écrit comme un western, avec ses cow-boys et les chevaux, les grandes prairies peuplées de bovins en liberté, les rodéos et les bals, le fusil derrière le siège du pick-up. Et c’est un roman noir, avec de la violence, la rudesse du travail, l’horreur de l’abattage des bêtes, la violence cynique de Hud, la vieillesse du grand-père.
Ne cherchez pas d’intrigue complexe, ce qui est raconté ici est la banalité de la vie d’un ranch alors qu’arrive la modernité, qu’on commence à préférer les forages pétroliers à l’agriculture. Un mode de vie qui décline symbolisé par la vieillesse du grand-père et la fin du troupeau, et donc du ranch. Un monde brutal comme Hud, avec des cow-boys qui reluquent les femmes, de la ségrégation raciale, l’envie et la peur de grandir de Lonnie, la colère d’Halmea. Un monde qu’il va falloir quitter comme va le faire Lonnie.
Larry McMurtry excelle à décrire avec justesse ce qu’on ne voit pas toujours dans les romans ou les films de western, la chaleur exténuante, les heures passées à cheval dans la poussière, les dangereuses chutes de cheval au rodéo ou au travail, les cow-boys harassés, l’abattage du troupeau dans le sang et la bouse, la ségrégation qui règne encore au Texas, la vie limitée au travail dans le ranch sans possibilité de s’en évader, et aussi "l’odeur des pâturages verts et humides de rosée", "la brise fraîche qui balayait les lames de l’éolienne", "L’immense verdure ondoyante des mesquites"...
Pour ceux qui aiment les fines et détaillées descriptions de la nature et d’un monde qui bascule, qui ne craignent pas la minceur de l’énigme, voici l’excellent premier roman d’un maître.
Larry McMurtry est décédé le 25 mars 2021, à l’âge de 84 ans, à Archer City, au Texas. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres, dont plusieurs best-sellers. Six de ses romans ont été adaptés pour le cinéma. À Archer city, il a été le libraire de la plus grande librairie indépendante des Etats-Unis avec un fonds de 400.000 titres.
En 1963 Cavalier passe ton chemin, a été adapté au cinéma sous le titre de Le plus sauvage d’entre tous, avec Paul Newman dans le rôle de Lonnie.
Les éditions Gallmeister ont eu la délicatesse de rééditer ce premier ouvrage paru en 1961 sous le titre Horseman, pass by.


Éditions Gallmeister

24,60
par (Libraire)
4 janvier 2022

Un très grand roman

Un père propose à ses jumeaux qu’ils n’a pas vu depuis plusieurs années "une dernière aventure" : partir un mois en canoë sur des lacs du Canada, dans l’Ontario. On est en octobre, à la fin de l’automne, pas vraiment le bon moment pour partir dans cette région, mais les enfants, Trig le garçon et Al la fille ne résistent pas au plaisir de renouer avec leur père, de retrouver quelque chose de leur enfance, même si leur mère, divorcée, ne sera pas avec eux.

Mais dès le début, il semble que des choses ne vont pas. Lui qui aime tant conduire à prévu un voyage en avion. Son équipement semble être perdu dans un avion, il faut en racheter un neuf qui sera incomplet. Après être rentrés dans le parc Quetico, ils s’aperçoivent qu’il n’a pas de cartes… Il semble que cette aventure ne soit pas aussi bien préparée que celles de leur jeunesse. Surpris, Trig et Al font tout de même confiance à leur père lorsqu’il affirme bien connaître le trajet. Ils partent donc avec deux canoës chargés de nourriture pour un moins en autonomie, des sacs étanches pour les vêtements, deux tentes...
Plus tard, l’hiver arrive, la neige couvre la forêt et les portages, les lacs commencent à geler. Les jumeaux ne sont pas habitués à voyager dans des conditions hivernales qui vont devenir très dures et les mettre en situation de survie. Mais ce qui est plus dangereux est encore les relations familiales empoisonnées. Ils s’adaptent à la situation et font preuve de courage, d’endurance, de bon sens. Surtout qu’un drame va les mettre à l’épreuve, les souder, leur faire partager des souvenirs cachés de leur enfance.
Al et Trig sont des personnages attachants qui font face à une réalité, qui ne se découragent pas alors qu’ils ignorent où ils se trouvent. Pete Fromm décrit leur relation avec tendresse, comme une belle chose.
La nature dans ce roman, est un vrai personnage. Pete Fromm, qui a été ranger park,la connaît et nous fait ressentir ce que c’est de naviguer sur les lacs déserts de toute présence humaine, d’emprunter les portages, de se nourrir de sa pêche, de monter le camp et de construire un feu chaque soir, de subir le froid sans se laisser atteindre, d’admirer la forêt et les aurores boréales. Un très grand roman de nature writing !
La tonalité du roman est sombre, la nature est dure, impitoyable et en même temps superbe. À certains moments de l’histoire, il est impossible de lâcher le livre tellement Pete Fromm sait décrire la nature sauvage et de la rage de vivre des deux jeunes, faire monter l’angoisse. Certes, le roman est dur, mais quand on atteint les toutes dernières pages...


20,00
par (Libraire)
4 janvier 2022

Depuis l’école, Rachel et Adèle sont amies alors que presque tout les oppose. Si elles sont la fierté de leurs familles, Adèle est fille d’un ingénieur qui aurait voulu être mathématicien et qui veut que sa fille le devienne. Rachel est d’une famille de littéraires, très cultivée, où le rite de passage, à 18 ans, est de lire La Recherche parce que "tout le monde lit "La Recherche" ! – Régulièrement", l’œuvre de Proust et pas le magazine comme le comprend le père d’Adèle. Elle deviendra écrivaine.
Le roman commence par l’annonce du suicide d’Adèle, à 46 ans, sans explication. Personne ne comprend, encore moins Rachel qui raconte leur vie et tente de trouver l’explication.
Nathalie Azoulai publie un roman qui n’est pas dépourvu de suspense alors qu’on connaît la fin dès le premier paragraphe. Elle décrit bien le mécanisme de l’amitié des deux filles et des deux familles. Elle montre comment le désir des familles influence et même détermine la construction des personnalités. Chez les Deville, bien sûr, on espère que Rachel restera dans leur monde de littéraires, comme enseignante ou chercheuse, mais on n’en fait un objectif, on vit la passion pour le plaisir qu’elle procure dans l’instant, pas comme asservie à un but à atteindre. L’ambition n’est pas la même que les scientifiques, on peut discuter sans fin sur un livre, un concept.
Chez les Prinker, c’est tout l’inverse, toute la vie d’Adèle est occupée par les mathématiques. Elle deviendra une mathématicienne de haut niveau, cherchera à obtenir la médaille Fields, fera tout "comme un homme" car les maths sont faits pour les garçons, pour celui que son père attendait lorsqu’elle est née. L’ambition est forte puisqu’on ne peut échouer, "En maths, quand un résultat est bon, il est bon". On cherche, souvent seul, jusqu’à trouver, et on attache son nom à ce qu’on a démontré.
Souvent Rachel admirera l’intelligence et la rigueur de pensée de son amie, sa perspicacité, sa force de caractère, son goût pour la compétition. Dans sa famille, il n’en était pas ainsi. Mais cette ambitieuse rigueur a son côté sombre...
Le double portait de femmes que nous livre Nathalie Azoulai est très bien structuré et sa lecture est fort agréable. Il explique bien comment les études littéraires ou scientifiques ne sont pas que destinées à accéder à des métiers, où se trouve "Le Savoir", qu’elles fabriquent une identité, agissent sur la vie personnelle, familiale, amoureuse, et encore plus quand la famille les soutiennent.

Nathalie Azoulai publie un roman qui n’est pas dépourvu de suspense alors qu’on connaît la fin dès le premier paragraphe. Elle décrit bien le mécanisme de l’amitié des deux filles et des deux familles. Elle montre comment le désir des familles influence et même détermine la construction des personnalités. Chez les Deville, bien sûr, on espère que Rachel restera dans leur monde de littéraires, comme enseignante ou chercheuse, mais on n’en fait un objectif, on vit la passion pour le plaisir qu’elle procure dans l’instant, pas comme asservie à un but à atteindre. L’ambition n’est pas la même que les scientifiques, on peut discuter sans fin sur un livre, un concept.
Chez les Prinker, c’est tout l’inverse, toute la vie d’Adèle est occupée par les mathématiques. Elle deviendra une mathématicienne de haut niveau, cherchera à obtenir la médaille Fields, fera tout "comme un homme" car les maths sont faits pour les garçons, pour celui que son père attendait lorsqu’elle est née. L’ambition est forte puisqu’on ne peut échouer, "En maths, quand un résultat est bon, il est bon". On cherche, souvent seul, jusqu’à trouver, et on attache son nom à ce qu’on a démontré.
Souvent Rachel admirera l’intelligence et la rigueur de pensée de son amie, sa perspicacité, sa force de caractère, son goût pour la compétition. Dans sa famille, il n’en était pas ainsi. Mais cette ambitieuse rigueur a son côté sombre...
Le double portait de femmes que nous livre Nathalie Azoulai est très bien structuré et sa lecture est fort agréable. Il explique bien comment les études littéraires ou scientifiques ne sont pas que destinées à accéder à des métiers, où se trouve "Le Savoir", qu’elles fabriquent une identité, agissent sur la vie personnelle, familiale, amoureuse, et encore plus quand la famille les soutiennent.


Cécile Munsch, Peio Gaillard

Gypaète éditions

25,00
par (Libraire)
16 décembre 2021

Ceux qui aiment la randonnée aiment à en lire des récits et à admirer des photographies qui leur rappellent leurs itinérances.
Ce livre les ravira. Il relate une randonnée de 13 jours entre Hendaye et le col du Soulor, commune d’Arrens-Marsous, sur le mythique GR10 qui traverse la chaîne des Pyrénées. Treize étapes en autonomie et en bivouac à la fin de l’été 2020. Un récit précis et léger, à deux voix alternées, et de très belles photographies, certaine en pleine page ou en double page de ce recueil au format à l’italienne. J’insiste sur la qualité et la beauté de leurs photos qui offrent des points de vue inhabituels pour ceux qui connaissent ce chemin. Ils verront autrement, les crêtes d’Iparla, l’église Sainte-Engrâce, la célèbre passerelle d’Holzarté, le chemin de la Mâture et même le pic du Midi d’Ossau… Mais on n’y verra pas les endroits si souvent photographiés dans les blogs, ou alors, sous un autre angle.
Évidemment, Cécile Munsch et Peio Gaillard sont des passionnés de l’itinérance et de la montagne qui savent la regarder. Leur vision du GR10 est personnelle, originale, amoureuse, belle, très belle.
On espère un volume en 2022 qui nous conduirait plus loin aux environs de Bethmale ou d’Esbintz, et une autre année, jusque Banyuls !