Conseils de lecture

Corinne Royer

Actes Sud

15,99
par (Libraire)
20 septembre 2021

[...]
Corinne Royer a choisi d’écrire un roman en faisant entendre les voix de Baptiste, une soeur, des voisins, la mère de son ami d’enfance handicapé, et aussi un contrôleur, en alternance avec celle de Jacques Bonhomme pendant ses jours de cavale. Elle raconte ainsi la réalité du monde paysan en ce début du 21e siècle. Les effets pervers de la traçabilité, de la réglementation inadaptée au monde animal. L’agriculture intensive pousse à augmenter la production sans tenir compte du rythme de la nature, d’où "Toute cette merde chimique qu’on déverse dans les champs", le recours à des technologies qui aident à produire plus en aliénant la liberté des agriculteurs, l’agrandissement des exploitations et les dettes qu’il faut contracter et qui ne laissent place à aucun accident de production.

Inspiré d’un fait réel qui s’est déroulé en 2017 ("l’affaire Laronze"), sans être une enquête, le roman est documenté. Il montre la perte de sens évidente que subissent les éleveurs et qui poussent trop d’entre eux au suicide, la réduction des animaux à un produit qu’il faut exploiter au mieux, les règles rigides et abusivement prégnantes.
On serait tenté à se poser la question du coupable, ce serait une erreur. Car c’est bien nous qui épuisons les ressource naturelles, c’est bien nous qui consommons trop de viande, c’est bien nous qui nous installons dans les campagnes et en chassons les paysans, c’est aussi nous qui nous accommodons de leur disparition en leur préférant des exploitants agricoles, c’est bien nous qui acceptons qu’ils vivent dans la misère, qu’ils cherchent d’autres façons de vivre et de travailler pour avoir quelques moments de vacances... Le monde paysan est à l’image de notre société, bien malade mais indispensable.
Ce roman très bien écrit, addictif, émouvant, sombre, parfois mystique, est un cri. Puise-t-il être entendu par-delà les campagnes et les villes.

Florence Aubenas a raconté l’histoire de Jérôme Laronze dans une série d’article publiés dans le journal Le Monde [ https://bit.ly/39jgPjF] en août 2021


21,00
par (Libraire)
20 septembre 2021

[...]
Corinne Royer a choisi d’écrire un roman en faisant entendre les voix de Baptiste, une soeur, des voisins, la mère de son ami d’enfance handicapé, et aussi un contrôleur, en alternance avec celle de Jacques Bonhomme pendant ses jours de cavale. Elle raconte ainsi la réalité du monde paysan en ce début du 21e siècle. Les effets pervers de la traçabilité, de la réglementation inadaptée au monde animal. L’agriculture intensive pousse à augmenter la production sans tenir compte du rythme de la nature, d’où "Toute cette merde chimique qu’on déverse dans les champs", le recours à des technologies qui aident à produire plus en aliénant la liberté des agriculteurs, l’agrandissement des exploitations et les dettes qu’il faut contracter et qui ne laissent place à aucun accident de production.

Inspiré d’un fait réel qui s’est déroulé en 2017 ("l’affaire Laronze"), sans être une enquête, le roman est documenté. Il montre la perte de sens évidente que subissent les éleveurs et qui poussent trop d’entre eux au suicide, la réduction des animaux à un produit qu’il faut exploiter au mieux, les règles rigides et abusivement prégnantes.
On serait tenté à se poser la question du coupable, ce serait une erreur. Car c’est bien nous qui épuisons les ressource naturelles, c’est bien nous qui consommons trop de viande, c’est bien nous qui nous installons dans les campagnes et en chassons les paysans, c’est aussi nous qui nous accommodons de leur disparition en leur préférant des exploitants agricoles, c’est bien nous qui acceptons qu’ils vivent dans la misère, qu’ils cherchent d’autres façons de vivre et de travailler pour avoir quelques moments de vacances... Le monde paysan est à l’image de notre société, bien malade, mais indispensable.
Ce roman très bien écrit, addictif, émouvant, sombre, parfois mystique, est un cri. Puise-t-il être entendu par-delà les campagnes et les villes.

Florence Aubenas a raconté l’histoire de Jérôme Laronze dans une série d’article publiés dans le journal Le Monde [ https://bit.ly/39jgPjF] en août 2021


19,00
par (Libraire)
13 septembre 2021

Parce que son frère est incarcéré pour association de malfaiteurs, Alex revient dans la forêt des Landes et dans la maison familiale, Labrit. Son frère lui a laissé un sac noir rempli de choses bizarres et lui envoie des messages incompréhensibles sur son portable. Il enquête, cherchant à percer l’identité réelle de Pierre-Henri, PHL, ou bien d’autres noms puisqu’il en change constamment. Il est désarçonné devant ce frère aîné au parcours sinueux et insaisissable, qui semble bipolaire, qui lui raconte ses délires, qui le vole, qui lui prend même son passeport et son identité, à lui dont la compagne est une coréenne un peu décalée ! Ce frère capable de coups géniaux, mais incapable d’aller au bout de ce qu’il pourrait réussir et capitaliser. Un frère baratineur qui l’a spolié à coup de voitures de luxe payées par son père.

Son père, qui est en fin de vie, a été un psychologue de bon niveau. C’est un homme qui ne jette rien, qui semble avoir eu plusieurs vies, un père qui n’a jamais rien refusé à son aîné. Dans leurs vies, rien n’est vraiment rationnel, peu d’actes sont guidés par la raison ou un examen objectif de la réalité. Il y a beaucoup de secrets. La maison est en désordre, comme les vies du frère et du père l’ont été. L’huissier est aux aguets, il faut intervenir, mettre fin aux désordres...
Qui est responsable de la folie de PHL ? Quel a été le jeu et l’influence de leur père ? Jusqu’où ira PHL dans le déraisonnable ?
Alexandre Labruffe écrit un récit plus grave que ses deux précédents textes, tout aussi morcelé que "Chroniques d’une station-service", à l’image des vies de son frère et de son père. Il se comporte en fils dévoué et en frère aidant, s’immergeant dans la folie du frère, dans le décousu de la famille, trouvant sens dans plein de choses bizarres, la pelleteuse dans le parc, les apparitions d’un lapin, les Kinder bueno que consomme PHL, les choses enterrées dans le sous-sol de la maison (dont "250 magazines Auto Plus étrangement préservés"), l’huissier baroque… Le récit est chaotique, parfois écrit comme un poème, il semble être désordonné alors qu’il suit l’actualité de la vie de PHL et du père, il ne souffre d’aucun temps mort. Jamais larmoyant, il est drôle du fait de la mise à distance imposée par le narrateur.
Après la mort du père, Alexandre liquide les affaires et brûle quantité de papiers et d’objets, mettant ainsi fin à au rocambolesque de la vie familiale. Il se donne peut-être l’espoir d’une vie nouvelle, plus ouverte, plus légère et ordonnée.
Mais qu’a-t-il compris de ce frère si déconnecté de la réalité ?


22,40
par (Libraire)
13 septembre 2021

[...]
L’écriture d’Helene Bukowski est à la fois poétique et réaliste, crue à certains moments. Avec des paragraphes courts, le roman avance vite vers des instants dramatiques et des moments plus calmes dans la proximité de la nature. L’atmosphère est globalement pesante.

C’est un roman sur la peur de l’autre durcie par la mutation climatique, sur le conflit mère-fille et sur la distance que l’adolescente doit instaurer pour exister en tant que personne te faire valoir sa liberté. Dans ce monde clos, l’irruption de l’inconnue aux cheveux rouges, qui vient on ne sait d’où, est un danger pour une communauté superstitieuse et une chance pour celle qui finit par admettre qu’elle signifie que quelque chose d’autre existe , qu’on peut rêver de vivre autrement et ailleurs, qu’il faut en prendre le risque. Mais de même que Skalde accepte de ne pas tout connaître, le lecteur devra accepter lui aussi de n’avoir pas de réponses à toutes les questions que pose ce roman. Cette absence donne une sorte de froideur à l’histoire et aux personnages, froideur qui convient bien à une héroïne déterminée et plus forte qu’il n’y paraît.
Un premier roman atypique, inquiétant, pas totalement noir.
À découvrir.


Roman

Albin Michel

par (Libraire)
31 août 2021

Premier sang commence à la mort du grand-père d’Amélie Nothomb, à 28 ans, lors d’un accident de déminage. Il laisse derrière lui son épouse et Patrick, le père de l’auteure. Celui-ci ne connaîtra la lignée paternelle qu’à l’âge de 8 ans, lors des vacances chez son oncle, un baron habitant un château dans les Ardennes. Les nombreux enfants sont élevés à la dure par un père grossier, égoïste, ne s’occupant gère d’eux et ne les nourrissant guère. Il ne meurt pas de faim, mais revient amaigri chez sa mère, endurci par ses vacances en forme de stage de survie.

À quinze ans, Patrick Nothomb choisit de devenir diplomate, plutôt que militaire comme le souhaitait sa mère. Ses débuts seront agités puisque le jeune homme est envoyé dans l’ex-Congo belge, alors en ébullition. Capturé par les rebelles avec des centaines d’autres personnes, il sera conduit devant le peloton d’exécution. Son talent de négociateur et ses relations avec un officier lui vaudra la vie sauve. "Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre" a prévenu Amélie Nothomb.
Ce récit est"absolument authentique" précise l’auteure. Ses lecteurs fidèles connaissent la suite qu’elle a raconté dans d’autres romans : la mutation de son père au Japon où elle naît en 1967, puis en Chine et à New-York. De même que ses études en Belgique, son retour au Japon pour un stage après lequel elle publiera en 1992 "Hygiène de l’assassin", son premier roman.
La lecture de ce récit, le plus personnel d’Amélie Nothomb, permet de comprendre d’où provient son inépuisable fantaisie, "les Nothomb étaient des fous furieux" a-t-elle confié dans une interview. Le roman fourmille de détails drôles, fantasques, excentriques, qui poussent à rire alors que ce qu’on lit est plutôt dramatique.
Avec ce livre, Amélie Nothomb rend hommage a son père mort en 2020, à sa façon, décalée et fantasque.
Comme à chaque rentrée littéraire depuis trente années, lire Amélie Nothomb est un bon moment de lecture. Celui-ci est drôle et émouvant