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Conseils de lecture

18,50
par (Libraire)
6 décembre 2021

Dans "Le garçon sauvage", Paolo Cognetti raconte qu’il a quitté Milan à l’âge de 30 ans, en 2007, pour vivre quelques temps dans une cabane, dans la vallée d’Aoste. Il se réfugiait en montagne avec le projet de se régénérer, de faire le vide pour repartir à zéro.
C’est ce que font les personnages de ce roman. Fausto, un écrivain débutant de 40 ans, en cours de divorce, prend un emploi de cuisinier dans le restaurant de Fontana Fredda, une petite station de ski du Val d’Aoste. Cette saison encore, Babette, la propriétaire du "Festin de Babette" y accueille les travailleurs de la station, qu’elle remet en forme avec des repas qui tiennent au corps. La serveuse est Sylvia, un peu plus jeune que Fausto, elle se prend d’amour pour Fausto. L’ancien garde-chasse, Santorso, est souvent au restaurant. Ce taiseux qui préfère la faune montagnarde, se prend d’amitié pour Fausto à qui il apprend les secrets de Fontana Fredda.

La saison terminée, chacun continue sa vie ailleurs. Sylvia monte dans un refuge, beaucoup plus haut, à 35.000 mètres d’altitude en bas du Mont Rose, pour un emploi de gardienne. Fausto part à Milan régler son divorce, tout en assurant à Sylvia qu’il montera souvent au refuge. Il prend soin de Santorso, handicapé par un accident de montagne alors qu’il se portait au secours d’un alpiniste ayant chuté..
Paolo Cognetti continue de décrire la montagne, sa beauté et sa dureté, la roche, l’eau, la neige et la glace, la vie de la petite station de ski, les amitiés et les amours, l’attachement à la montagne de ceux qu y vivent. Comme dans ses autres romans,, les livres sont présents : la nouvelle de Karen Blixen qui donne son nom au restaurant, "Trente-six Vues du mont Fuji", le livre d’estampes de Katsushika Hokusai publié dans sa vieillesse vers 1833, qu’offre Sylvia à Fausto, dont le thème est le rapport entre l'homme et la nature. Les tableaux sont pour Fausto une occasion de contempler la montagne, d’en apprécier la grandeur et pour Cognetti d’évoquer la fragilité humaine devant la nature qui souffre de ses activités, "De la neige qui tardait cette année, de la neige si précieuse pour protéger les terriers du gel, des problèmes que causait un hiver sans neige aux perdrix et aux tétras-lyres", de "la mer qui un jour inondera la vallée". Il esquisse délicatement le changement climatique, le monde qui disparaît pour laisser place à un autre monde difficile à décrire. Il le fait avec calme, sans aigreur, parce que c’est une inévitable évolution à laquelle il faut s’adapter. Il trace un parallèle entre les personnages qui quittent une vie avec l’espoir hésitant de se reconstruire dans l’autre réalité qu’est la montagne et cette nature qui meurt pour revivre dans une jeunesse inconnue. Il le fait avec sa nostalgie et son amour de la montagne, et des hommes intranquilles dont il décrit si bien la solidarité, la grandeur d’âme et le besoin de félicité.


22,00
par (Libraire)
25 novembre 2021

Le roman commence par la lecture qu’un jeune écrivain sénégalais, Diégane Latyr Faye, fait d’un livre mythique paru 70 ans plus tôt en 1938, "Le labyrinthe de l’inhumain". L’ouvrage est devenu introuvable à la suite du scandale déclenché dès sa parution par la critique qui a accusé l’auteur, T. C. Elimane, de plagiat tout en admettant qu’il était un écrivain talentueux. Le livre a été retiré de la vente, la maison d’édition s’est dissoute, le jeune auteur est resté inconnu et sa trace a été perdue.

Diégane pressent qu’il peut le retrouver et se lance à sa recherche. Il le piste en France, à Amsterdam, au Sénégal, en Argentine. Il affronte le colonialisme, les conséquences de la Shoah, rencontre des amis et deux femmes dont l’une détient des secrets… T. C. Elimane existe-t-il vraiment ? Où n’est-il qu’une invention ?
Le roman est un enchevêtrement d’évènements historiques et de fiction, de témoignages, de contes et d’intrigues dignes d’un parfait polar. C’est un roman labyrinthique qui réclame l’attention du lecteur qui pourrait s’y perdre, éprouver le vertige devant de très longues phrases non ponctuées, qui devra plus d’une fois avoir recours au dictionnaire (sauf peut-être s’il lit sur une liseuse) à cause d’un abondant vocabulaire maîtrisé par un auteur qui s’amuse avec les mots.
Mais la dernière page atteinte, il aura lu un livre foisonnant, un livre inclassable, un brillant hommage à la littérature, à la liberté de l’écrivain abordé la terrible et lancinante question "écrire ou ne pas écrire", oublié que ce qu’il a lu n’est pas le livre d’un "auteur africain" mais indiscutablement d’un "écrivain".
Ne tardez donc pas à vous ruer chez votre libraire, car, à croire Mohamed Mbougar Sarr, les livres peuvent disparaître...


Éditions Les Liens qui libèrent

16,00
par (Libraire)
25 novembre 2021

Une conversation entre deux économistes qu'on peut qualifier d'atypiques, deux universitaires, deux croyants (un musulman et un catholique), deux humanistes...
C'est un ouvrage d'accès parfois un peu rêche, mais très éclairant et stimulant pour la pensée..
On ne peut qu'en conseiller la lecture !


Éditions de L'Olivier

17,00
par (Libraire)
15 novembre 2021

Le Grand Nord de l’Alaska est le théâtre de "Blizzard". La neige est abondante et le vent violent. Ceux qui vivent là savent qu’il faut se terrer dans les maisons, avoir rentré du bois pour se chauffer pendant quelques jours, avoir bouché tout ce qui peut laisser entrer la neige et ne pas sortir.

Bess est une "fille de Californie, rousse à la peau dorée", une "originale" pour les locaux, qui fait ce qu’elle a décidé de faire. Ceux qui la connaissent se demandent les raisons de sa présence dans cette contrée peu hospitalière. Ils l’imaginent incapable de s’adapter au climat et à la vie rude de l’Alaska. D’ailleurs pourquoi est-elle sortie avec le jeune garçon qui lui a échappé le temps qu’elle renoue un lacet ?
Quand Benedict comprend qu’ils ne sont plus dans la maison, il demande l’aide Cole et partent à leur recherche. Benedict est un homme du Grand Nord qu’il connaît et aime profondément. À part une période d’errance au travers de nombreux États d’Amérique à la recherche de son frère disparu, l’Alaska est le seul endroit où il conçoit de vivre. Il y a fait venir l’enfant auquel il est très attaché, et Bess parce qu’elle était la première personne à qui l’enfant avait souri.
Cole part avec Benedict par respect pour son père, Magnus, "qui lui a tout appris". L’alcool lui permet de supporter la vie et la proximité de Freeman et de Bess, une fille "qui excite les convoitises".
Freeman est un noir, un vétéran du Vietnam qui dit n’avoir pas eu d’autre choix que d’habiter loin des autres. C’est un homme qui "a de la ressource pour un vieil homme". Il ne participe à la recherche, même s’il va se lancer dans le blizzard pour se rendre au plus vite à la maison de Thomas, le frère disparu de Benedict.
Le roman est structuré comme un thriller, avec des chapitres courts. Les personnages ont choisi de "Profiter de l’air pur, du gibier, du poisson. Être libre de vos actes, ne rendre de comptes à personne et peut-être ne croiser aucun être humain pendant des semaines" pour des raisons que Marie Vingtras distille au compte-goutte, faisant monter la tension. Chacun a une raison de se lancer dans la tempête : une culpabilité, une dette, un engagement, une affection bien cachée, une responsabilité, une haine bien recuite. Pour retrouver l’enfant, ils sortent de leurs vies isolées, se confrontent à la tempête, au blizzard que sont leurs secrets et la confrontation à eux-mêmes.
Les événements sont narrés sous forme orale par chacun et ce que dit l’un éclaire ce que dit l’autre, éclaire la violence contenue de leurs relations, le méfait qui crée la colère, l’urgence de plonger dans la tempête jusqu’à ce que la violence et peu à peu, la vérité de chacun et du garçon fassent surface.
L’Alaska évoque des espaces grandioses et infinis. Ici, le blizzard crée une clôture autour des personnages qui ne peuvent échapper ni du lieu, ni de la recherche de l’enfant, ni à eux-mêmes.
Marie Vingtras nous livre un premier roman angoissant, aussi glacial que le blizzard, aussi noir que la neige est blanche.


18,80
par (Libraire)
4 novembre 2021

Au Malawi, dans la région des Grands Lacs, vit Elia, une fillette d’une douzaine d’années, qui voudrait aller à l’école comme ses frères. Mais comme elle est une fille, elle doit rester sous l’autorité de sa mère qui, ce matin là comme d’autres, la charge de bidons et l’envoie sur la piste poussiéreuse, à la corvée d’eau. Elia a eu ses règles et sa mère le sait. Elle l’envoie dans "un camp de vacances pour jeunes filles", difficile d’accès et à l’écart de tout.

On fait la connaissance de Ladarius alors qu’il se rend à l’hôpital pour apprendre qu’il est atteint du sida. Ce qui l’inquiète est de savoir "quelle était la coquine qui m’avait refilé sa saloperie ?", "Je me foutais de tout, ou presque" car "Mon outil de travail, c’était mon sexe et quelques coups de reins. Moi, j’étais payé pour faire le Kusasa fumbi". Ladarius est un "fisi", un "homme-hyène" dont le métier est de déflorer les très jeunes filles pour leur éviter un mauvais sort, pour qu’elles soient pures et puissent se marier. Les familles confient leurs filles à la directrice du camp et paient pour qu’elle les prépare à la vie maritale. C’est le sort que subira Elia.
Ce qui est frappant est que l’homme-hyène ne ressent aucune culpabilité. Il est persuadé de faire un métier utile pour lequel il est plutôt bien rémunéré. Il vit à l’écart du village, dans une sorte d’exclusion de la communauté villageoise, comme un homme que l’on évite et rejette. En même temps, il est respecté parce qu’il assure la survivance d’une coutume ancestrale, par ailleurs interdite depuis 2013. Inutile de préciser qu’il n’est pas question d’amour dans ce rite, ni dans le mariage qui s’en suivra, généralement arrangé par les familles.
C’est certainement à cause de l’horrible noirceur de ce roman que je n’ai pas retrouvé l’éblouissante humanité de La chaise numéro 14, ni la fantaisie poétique du mystérieux Julius aux alouettes. Le roman m’a dérangé, la coutume étant barbare et révoltante. Je ne doute d’ailleurs pas que l’autrice a été choquée par le reportage paru dans le journal Le Monde, au cours de l’été 2017.
Mais de livre en livre, Fabienne Juhel a le talent de mettre la beauté de la nature en face de la barbarie humaine. Ici, elle décrit magnifiquement les arbres, le fleuve, la poussière du chemin, les bruit des bidons, la flore de cette contrée, le chant des oiseaux, le rire des hyènes.
Ce roman aux allures de conte plein de poésie est une réussite.