Le Livre noir des hôpitaux
EAN13
9782702139806
ISBN
978-2-7021-3980-6
Éditeur
Calmann-Lévy
Date de publication
Collection
DOCUMENTS, ACTU
Nombre de pages
264
Dimensions
21 x 14 x 2 cm
Poids
330 g
Langue
français
Code dewey
362.11
Fiches UNIMARC
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1?>Les mercenaires de l'hôpital?>Ils figurent parmi les meilleurs observateurs du monde hospitalier, même si, dans cet univers, beaucoup ne les portent pas dans leur cœur. Appelés au coup par coup par des sociétés privées d'intérim médical, ces médecins « volants » – principalement des anesthésistes, urgentistes, chirurgiens, radiologues – interviennent pour pallier aux déficits d'effectifs médicaux dans les hôpitaux et plus rarement dans des cliniques privées. Un système peu connu des usagers, décrié par bon nombre de professionnels mais aussi par différents rapports officiels. Vaste hypocrisie. Car sans ces « nomades », dont le nombre n'a cessé de croître ces dernières années, des centaines d'établissements de soins ne pourraient plus fonctionner.« Je préfère effectuer des missions dans les hôpitaux, car dans les cliniques, il faut souscrire une assurance en responsabilité civile dont le montant est très élevé », explique Philippe, anesthésiste devenu urgentiste, qui comme beaucoup d'autres « mercenaires de l'hôpital » préfère ne pas dévoiler son identité1. À 66 ans, cet homme brun, costaud et volubile se présente comme un « retraité actif ». « J'ajoute à mes 3 000 euros de retraite environ 6 000 euros par mois pour ces missions de remplacement dont j'ai appris l'existence par le bouche-à-oreille entre médecins. J'interviens partout, je fais toute la France. Cela m'est arrivé de travailler dans des grosses structures de type centres hospitaliers universitaires, comme les Hospices civils de Lyon, par exemple, ou dans des gros hôpitaux généraux, mais c'est très rare. Le plus souvent, il s'agit de petites structures.« Bien sûr, pour les patients, les chances ne sont pas les mêmes. Dans un grand établissement, même s'il y a des gens défaillants, la masse de personnels est telle qu'on finit toujours par s'en sortir. Les “gags” sont rares. Dans un hôpital pour enfants réputé de Paris, j'ai vu une anesthésiste pistonnée, nulle, perdant ses moyens à chaque intervention et qu'on devait assister sans arrêt. On jonglait entre les différents blocs opératoires mais, bon, en gros ça allait. Il y a en fait trois catégories d'hôpitaux : les trois étoiles – les CHU –, les gros hôpitaux départementaux qui disposent de plateaux techniques importants et qu'on ne touchera jamais, enfin les petits hôpitaux de proximité. Ces derniers disposent de très petits moyens et leur organisation est un peu maffieuse avec des gabegies incroyables. » Lesquelles ? Philippe soupire et repousse sa chaise en arrière. « Il y a, par exemple, beaucoup de fausses gardes, en fait des astreintes à domicile, payées comme de vraies gardes sur place. Le matin, les types passent et signent le cahier alors que tout le monde sait qu'ils n'étaient pas là. Mais personne ne dit rien, la pénurie de praticiens est trop aiguë. Beaucoup de ceux qui sont en poste sont des étrangers, parfois compétents, parfois nuls. Je n'ai rien contre eux, mais c'est quand même difficile de demander à un Hongrois ou à un Roumain, même parlant à peu près français, d'expliquer un diagnostic à un patient breton !« Cela dit, il ne faut pas se leurrer. La fermeture des services de chirurgie de certains de ces petits établissements n'est pas une solution. Il faudra garder un minimum de chirurgie d'urgence : quand arrive une occlusion intestinale, on ne peut pas transporter le patient à une heure de là pour l'opérer. Et puis il faut savoir mettre en condition avant un éventuel transfert. Quand on se casse la gueule au ski, on ne demande pas à l'hôpital du coin de tenter une intervention sur les ligaments du genou, mais au moins de vous prendre correctement en charge avant de vous adresser ailleurs. Mais pour cela, il faut respecter à la lettre les conventions techniques passées avec les plus gros hôpitaux du secteur. Ce n'est malheureusement pas le cas dans la plupart des petites structures, le plus souvent à cause de rivalités entre établissements. Leur mortalité plus élevée ? D'abord, les patients sont incontestablement plus âgés, mais il est vrai qu'il n'y a pas de réanimation ni de vrai service de soins intensifs. Il y a évidemment une perte de chances à être pris en charge dans ces petites structures plutôt qu'à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
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