Hélène-Lecturissime

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Littéralement passionnée par la littérature, je cherche par tous les biais à partager cette passion et à découvrir de nouveaux romans ou auteurs inoubliables...
J'ai créé récemment un blog de lecture spécialisé en littérature étrangère, ce qui me permet de faire de belles rencontres...

Le pays de la cannelle, roman
24,00
24 novembre 2010

Une déception

Je me suis franchement ennuyée en lisant de récit. Dans la première partie, le narrateur revient sur l'histoire des Incas et des conquistadors avec force détails qui auraient pu être passionnants, mais qui se sont révélés soporifiques sur moi. Puis, aux environs de la page 100, enfin, le narrateur part à l'aventure. Les débuts sont longs et laborieux, et quand finalement les péripéties s'enchaînent, l'auteur m'avait définitivement perdue...

Les quelques réflexions pseudo-philosophiquesqui jalonnent les derniers chapitres ne m'ont pas plus convaincue :

"On croit savoir ce que l'on cherche, mais ce n'est qu'à la fin, quand on trouve, que l'on a réellement compris ce qu'on cherchait." (p. 295)

"En dépit de leur atrocité, ces quêtes ont eu leur part de beauté, et si on me demandait quel est le plus beau pays que j'aie connu , je dirais que c'est celui dont nous rêvons, celui que nous cherchons aux confins du froid et de la douleur, de la faim et de l'effroi, au-delà de falaises presque infranchissables,.." (p.298)

Je pense qu'il manque à ce roman un souffle romanesque, des personnages réellement attachants dotés d'une histoire digne de ce nom. Ce récit s'apparente plus à un récit de voyage, voire à un documentaire, qu'à un roman.

Séquences afropéennes, Saison 1, Blues pour Elise
24 novembre 2010

Un roman original et vivifiant.

La légèreté de ton est de bon aloi : cette comédie sociale dresse un portrait coloré de ces femmes appartenant à la France noire. Le rythme est vif, le récit et dynamique, et je me suis laissée emportée avec délice dans cet univers chamaré. Sous l'apparente frivolité de ces "Bigger than life", comme elles ont plaisir à se nommer, se dissimulent des fissures discrètes quelquefois difficiles à assumer. Les hommes quant à eux semblent perplexes, perdus entre des repères liés à l'image traditionnelle de la femme africaine et ces nouvelles personnalités qui émergent.

- Chaque fin de chapitre est agrémenté d’une ambiance sonore idéale pour la lecture. Sur Facebook, en devenant fan de la page « Blues pour Elise » il nous est possible d’écouter quelques uns des morceaux en question. Cet interface sur des réseaux sociaux est originale et enrichissante.

- Le sous titre du roman "Figures afropéenne. Saison 1" laisse présager une suite qui approfondira je l'espère le destin de ces personnages si attachants.

- Je pense que c’est avant tout un roman qui plaira aux femmes.

Des éclairs
24 novembre 2010

L’histoire romancée d’un savant fou…

Grégor est un personnage atypique et attachant malgré son caractère ombrageux. Inventeur génial : on lui doit notamment le courant alternatif, mais aussi « La radio. Les rayons X. L'air liquide. La télécommande. Les robots. Le microscope électronique. L'accélérateur de particules. L'Internet. J'en passe » (p.80), il préfère l’allégresse de la découverte et la mise en scène de ses découvertes aux retombées financières éventuelles. Sa passion aveugle et presque enfantine pour la science le condamnera à la solitude, avec comme seuls compagnons, des pigeons…

« Or on sait bien que tout le monde pense, toujours, la même chose au même instant. En tous cas se trouve-t-il toujours au moins quelqu’un pour avoir la même idée que vous. Mais il y en a toujours un aussi qui, avec la même idée que les autres, se montre plus patient, plus méthodique ou chanceux, mieux avisé, moins dispersé que Grégor, pour ne se consacrer qu’à elle et devancer le reste du monde en la réalisant. » (p. 80)

- Grégor apparaît sous la plume de jean Echenoz comme une sorte de savant fou plutôt comique qui semble par exemple persuadé qu’il peut communiquer avec les Martiens. De plus, ses expériences ne sont pas toujours concluantes :

« Il égrène un compte à rebours et retient son souffle puis, quand son assistant actionne l’interrupteur, une foudre énorme explose au-dessus de la station dans laquelle se répandent une lueur bleue glaçante avec un fort parfum d’ozone alors que des éclairs géants, forme gratte-ciel, jaillissent du mât dans un fracas de tonnerre plus démesuré que jamais. » (p. 103)

- Jean Echenoz nous offre un magnifique portrait cruel et drôle à la fois, et conclue ainsi en beauté son cycle consacré aux « vies imaginaires ».

La malédiction des colombes
24 novembre 2010

Un magnifique roman polyphonique.

La beauté de l’ensemble des histoires imbriquées les unes dans les autres pour former un patchwork vivant et signifiant est époustouflante... Les destins apparemment isolés les uns des autres trouvent leur cohérence au fil des pages, prouvant qu’une histoire est composée de plusieurs individualités rassemblées par un socle commun.

« Quand nous sommes jeunes, les mots sont éparpillés autour de nous. Au fur et à mesure qu’ils sont assemblés par l’expérience, nous le sommes nous aussi, phrase par phrase, jusqu’à ce que l’histoire prenne forme. » (p. 414)

Et c’est ce socle commun que veulent garder les indiens comme une identité qu’on ne pourra plus leur voler tant que le récit durera.

« Il en va de même pour toutes les entreprises desespérées auxquelles sont mêlées les limites que nous posons sur cette terre. En traçant une ligne et en la défendant, nous semblons penser que nous avons dominé quelque chose. Quoi ? La terre engloutit et absorbe même ceux qui réussissent à bâtir un pays, une réserve. (Pourtant il y a quelque chose dans l’amour et la connaissance de la terre et son rapport avec les rêves – voilà ce qu’avaient les anciens. Voilà pourquoi en tant que tribu nous existons encore aujourd’hui.) » (p. 182)

- Ce sont des histoires tragiques quelquefois, des histoires comiques, des relations illogiques, mais toujours des histoires magnifiques. Comme celle de ce violon venu sur les eaux cueillir son destinataire qui ravira ensuite de sa musique les âmes sensibles :

« Le son touchait instantanément quelque chose de profond et de joyeux. Ces moments forts de connaissance vraie que nous devons masquer avec la vie de tous les jours. La musique venait tapoter le dos de nos terreurs aussi. Des évènements que nous avions vécus et que nous ne voulions jamais voir revenir. Des rêves en lambeaux, des nostalgies bannies, de la peur et aussi des plaisirs surprenants. Non, nous ne pouvons pas vivre à ce degré-là. Mais de temps à autre quelque chose se brise comme de la glace et nous sommes dans la rivière de notre existence. Nous sommes conscients. » (p. 303)

- Les personnages sont profondément humains, plus complexes qu’ils ne le semblent au premier abord. Par exemple, les confrontations entre le personnage du grand-père d’Evelina, Mooshum et le prêtre qui souhaite le convertir sont très drôles, même si derrière cette façade clownesque se cache une réelle souffrance.

« J’ai vu que la perte de leurs terres était logée en eux pour toujours. Cette perte entrerait aussi en moi. Au fil du temps, je découvris que le chagrin était une chose que chacun dissimulait à sa façon – mon vieil oncle grâce à sa discipline passionnée, ma mère grâce à une sévère bonté et un ordre méticuleux. Quant à mon grand-père, il pratiquait l’art patient du ridicule. » (p. 135)


Le cuisinier

Christian Bourgois

20,30
24 novembre 2010

Soirée aphrodisiaque au menu

Comme dans tous les romans de Martin Suter, le récit coule de source, avec la juste dose de péripéties, des rencontres qui tombent à propos, un brin d’amour, un peu de violence…

- La toile de fond culinaire est originale, on y apprend les base de la cuisine ayurvédique et celles de la cuisine moléculaire. En fin de roman, l’auteur propose les recettes concoctées par Maravan, pour ceux qui souhaiteraient organiser une soirée aphrodisiaque…

MAIS :

- Si les explications concernant les préparations culinaires de Maravan très détaillées sont quelque peu complexes pour une cuisinière de base, d’autres sujets sont seulement survolés trop sommairement à mon goût : les personnages restent fantômatiques, peu creusés, la situation au Sri Lanka sert uniquement de toile de fond, et les tractations commerciales pour la vente d’armes m’ont franchement ennuyée. Alors, comme le dit très bien Nelly Kaprièlian dans « Les Inrockuptibles » (5 mai 2010) : « A trop vouloir être sympathique, Martin Suter signe des romans très agréables, mais rate toujours le cran au-dessus : signer un vrai grand roman. »