Jean T.

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8848 mètres
, Là-haut, elle ne sera plus la même

Là-haut, elle ne sera plus la même

Casterman

16,00
par (Libraire)
4 juin 2020

L’alpiniste qui se lance à la conquête de l’Everest n’est pas banale, c’est Mallory, une jeune fille de quinze ans. On la suit depuis le camp de base, situé dans la Région autonome du Tibet, à 5300 mètres, jusqu’au sommet, pendant les semaines au cours desquelles elle s’acclimate en séjournant dans différents camps, de plus en plus haut. On ne monte pas seul à l’Everest, Mallory fait donc partie d’une équipe de huit personnes, dont son père, de guides, de sherpas qui assurent l’intendance et transportent le matériel. Elle se lie avec Aurélie, une française qui vit au Tibet et œuvre pour une association militant pour le ramassage des déchets dans cette montagne qui est officiellement la plus polluée du monde. À son contact, elle découvre des pans d’une autre culture et de la philosophie bouddhiste : la compassion, le semchuk, l’impermanence. Sa perception de la nature se modifie : "ici, on remercie la montagne pour nous laisser la gravir." Elle aide aussi une femme de son équipe qui fait des prélèvements pour surveiller la fonte des glaciers qui subissent les effets du changement climatique. L’ascension de Mallory n’est pas qu’un exploit personnel, c’est une prise de conscience d’un certain rapport à la nature et au monde. Dans la confrontation aux composantes de l’ascension, elle apprend d’elle-même.
Qu’une très jeune fille qui monte à l’Everest n’est pas impossible, le plus jeune alpiniste étant Jordan Romero, 13 ans en 2010. Le récit que fait Silène Edgar est plausible, il ne masque ni les immenses difficultés, ni les exigences, ni les dangers. D’ailleurs, la romancière s’est documentée auprès d’une de ses cousines qui a participé au nettoyage de l’Everest et qui est la seule européenne à y être monté trois fois
Le récit de Silène Edgar se lit facilement, délaissant nombre de détails présents dans les vrais récits de montagne qui n’ont pas leur place dans un roman pour jeunes adultes, mais ne s’écartant pas de la réalité de telles expéditions (les cadavres que frôle Mallory au-dessus du camp 3, les sponsors) et laissant ce qu’il faut de suspense. Les massages portés par la jeune fille ne pèsent pas sur la lecture.
Une belle aventure et un roman clairvoyant.

Noir canicule
par (Libraire)
28 mai 2020

Lily accompagne un couple de vieux paysans, Marie et Henri, pour un long voyage depuis leur ferme dans les environs de Roanne, jusqu’à Cannes. Eux qui ne sont jamais partis de chez eux, qui semblent vivre à l’écart du monde moderne vont à un rendez-vous qui leur ressemble, ultime espoir d’une fin de vie sereine pour Henri. Ils ouvrent des grands yeux sur le monde agité qui défile devant eux. Ils ont exigé un taxi climatisé, car on est en 2003 et c’est la canicule. Pendant le voyage, les personnages se dévoilent. On apprend de leurs histoires. Lily songe à son mari parti, peut-être définitivement, en voir une autre plus jeune, à l’amour qu’elle a toujours pour lui, à leurs jeux érotiques risqués. Elle s’inquiète pour leur fille, Jessica, qui en pince pour un garçon riche, prétentieux, très imbu de sa personne. Marie et Henri pensent à leurs garçons, à celui qui a réussi comme viticulteur, estiment-ils, à Bernard qui prendra la suite à la ferme et qu’ils ne trouvent pas très malin. Savent-ils qu’en leur absence, il a fait venir sa maîtresse à la ferme ? On découvre encore d’autres personnages, le couple de Pierre et Danielle, leurs enfants, Livia et Nicolas qui est l’ex de Lily... car ce n’est pas parce qu’on passe presque toute la journée en taxi que le roman est un huis-clos !
Bien sûr, on comprend assez vite que Lily cache quelque chose, mais quoi ? Ou qui ? Pourquoi ? Et comment ? On attendra les dernières pages pour résoudre l’énigme et apprécier la noirceur immorale de cette histoire.
le roman fonctionne par dévoilements successifs qui piègent le lecteur qui ne peut lâcher le livre, car il veut savoir la fin de l’histoire de chacun, il imagine une possible issue aux pistes maigrelettes qu’indique l’auteur.
La plume de Christian Chavassieux a du style, un vocabulaire simple, des mots choisis, une précision cinématographique. Son monde est voué à la mort, fatalement, ce que vivent les personnages qui n’ont plus le contrôle de leurs vies, qui tentent de faire face à la maladie, aux hasards malencontreux, pour garder un peu d’espoir, de santé, de bonheur, mais à quel prix !

Des saisons adolescentes,  récits
par (Libraire)
14 mai 2020

Dans un lycée aux alentours de Lyon, après un cours sur la question du temps, un professeur de philosophie demande à ses élèves de venir en classe le lendemain avec "leurs plus beaux papiers".
Le lendemain, après leur avoir raconté "l’histoire de ce jeune garçon qui perd la mémoire", il leur demande "d’écrire sur leurs plus beaux papiers le souvenir qu’ils souhaiteraient conserver".
Alors les trente-cinq élèves mettent par écrit le souvenir d’un amitié ou d’un amour, d’un parent ou grand-parent, de vacances au bord de la mer, des soirées d’été pleines d’excitation, de maisons que l’on vide avant de les quitter. Ce sont des souvenirs de premier émoi, de premier amour, de baisers, de passions, de pertes, de deuils, de nostalgies. Ce sont aussi de très sensibles descriptions de la nature.
Trente-cinq beaux textes de filles ou garçons – on ne le sait qu’en cours de lecture- qui, en soixante quinze pages, dressent un émouvant portrait, tout en délicatesse, de l’adolescence.

Réparons le monde , humains, animaux, nature

humains, animaux, nature

Rivages

8,80
par (Libraire)
10 mai 2020

L’ouvrage est un recueil de "textes, qui font le lien entre l’écologie, la justice sociale, la cause animale, la démocratie et les traits moraux qu’il importe d’acquérir pour œuvrer ensemble à la promotion d’un autre modèle de développement, invitent chacun à avoir cette attitude, à la fois modeste et responsable, qui consiste à réparer le monde, et à s’y prendre avec générosité et considération".[présentation].

Parler de réparer le monde "n’implique pas que, pour reconstruire ce qui a été détruit, nous cherchions à rétablir une unité soi-disant originaire", ce n’est pas "recoller les morceaux". Non, "Parler de réparation suggère que le monde est abîmé", qu’il est en désordre, qu’il n’a plus de sens. Réparer le monde, c’est rechercher quels changements sont nécessaires pour échapper à l’effondrement et au chaos, c’est "préparer l’avenir", savoir "comment réorienter l’économie, faire évoluer les modes de production et de consommation, réorganiser le travail et les échanges, et accompagner les changements culturels".
Corine Pelluchon veut repenser notre place dans la nature et parmi les autres, humains et non-humains, pour prendre "conscience de partager la Terre avec les autres vivants et d’avoir une communauté de destin avec les animaux qui, comme nous, sont vulnérables". Considérant que les politiques néolibérales ne peuvent conduire à opérer la transition écologique et creusent les inégalités, que "nous avons peu à peu perdu le sens de ce qui nous reliait aux autres. Nous avons laissé le profit régner en maître, acceptant la subordination de toutes les sphères d’existence au profit. De même, nous avons accepté un modèle de développement qui ne reconnaît pas les limites planétaires et ne recule ni devant le saccage des ressources de la Terre et la violence envers les animaux ni devant la déshumanisation de la société et la perte de sens du travail", elle réfléchit à l’invention d’un autre humanisme et d’un autre contrat social, de l’instauration d’une justice qui fasse droit à tout humain et non-humain.
La philosophe fait une grande part à la cause animale, démontrant qu’il y a un lien entre les violences faites aux animaux et les multiples violences que s’infligent les humains. Que les animaux soient des sujets qui ont des intérêts, qui s’expriment, qui souffrent oblige à leur accorder une considération morale et à leur conférer des droits. La cause des animaux est aussi la cause de l’humanité, car la violence faite aux animaux prédispose les humains à exclure et asservir les minorités humaines.
Les Lumières ont créé le concept d’individu que nous avons laissé se pervertir, perdant la notion de ce qui nous relie les uns aux autres, nous rend dépendants. Gagnant les libertés individuelles, nous avons subordonné toutes les sphères de nos existences au profit, saccagé les ressources de la Terre, perdu le sens du travail, négligé les limites planétaires, et nous nous découvrons seuls et fragiles. Il s’agit de continuer l’œuvre civilisationnelle des Lumières, de prendre en compte dans notre considération morale et dans nos politiques publiques, le bien commun des humains et des non-humains, d’avoir conscience de notre vulnérabilité.
Prenant conscience de notre appartenance au monde, nous modifions notre regard, nous opérons une "transformation de soi qui touche la raison, la sensibilité et le rapport au corps", fondant la considération qui, humblement, rend "capable de reconnaître la valeur propre de chaque être et de lui faire une place dans ma vie".
Disciple de Lévinas, Corine Pelluchon sait "qu’autrui m’enseigne", que je ne peux fuir ma responsabilité et laisser d’autres répondre à ses besoins. Que "lorsque je suis indifférent à sa misère et ne réponds pas à son appel, je dis aussi qui je suis".
Une politique de la considération, liée à l’affirmation de la valeur propre de chaque personne, vouée à la préservation d’un monde commun, exige la sortie de l’économisme, d’un contrat social qui tolère d’user et d’abuser de ce qui est bon pour soir, elle suppose "l’amour du monde".

Réparons le monde, Humains, animaux, nature

Humains, animaux, nature

Corine Pelluchon

Éditions Rivages

6,99
par (Libraire)
10 mai 2020

L’ouvrage est un recueil de "textes, qui font le lien entre l’écologie, la justice sociale, la cause animale, la démocratie et les traits moraux qu’il importe d’acquérir pour œuvrer ensemble à la promotion d’un autre modèle de développement, invitent chacun à avoir cette attitude, à la fois modeste et responsable, qui consiste à réparer le monde, et à s’y prendre avec générosité et considération".[présentation]. Parler de réparer le monde "n’implique pas que, pour reconstruire ce qui a été détruit, nous cherchions à rétablir une unité soi-disant originaire", ce n’est pas "recoller les morceaux". Non, "Parler de réparation suggère que le monde est abîmé", qu’il est en désordre, qu’il n’a plus de sens. Réparer le monde, c’est rechercher quels changements sont nécessaires pour échapper à l’effondrement et au chaos, c’est "préparer l’avenir", savoir "comment réorienter l’économie, faire évoluer les modes de production et de consommation, réorganiser le travail et les échanges, et accompagner les changements culturels". Corinne Pelluchon veut repenser notre place dans la nature et parmi les autres, humains et non-humains, pour prendre "conscience de partager la Terre avec les autres vivants et d’avoir une communauté de destin avec les animaux qui, comme nous, sont vulnérables". Considérant que les politiques néolibérales ne peuvent conduire à opérer la transition écologique et creusent les inégalités, que "nous avons peu à peu perdu le sens de ce qui nous reliait aux autres. Nous avons laissé le profit régner en maître, acceptant la subordination de toutes les sphères d’existence au profit. De même, nous avons accepté un modèle de développement qui ne reconnaît pas les limites planétaires et ne recule ni devant le saccage des ressources de la Terre et la violence envers les animaux ni devant la déshumanisation de la société et la perte de sens du travail", elle réfléchit à l’invention d’un autre humanisme et d’un autre contrat social, de l’instauration d’une justice qui fasse droit à tout humain et non-humain. La philosophe fait une grande part à la cause animale, démontrant qu’il y a un lien entre les violences faites aux animaux et les multiples violences que s’infligent les humains. Que les animaux soient des sujets qui ont des intérêts, qui s’expriment, qui souffrent oblige à leur accorder une considération morale et à leur conférer des droits. La cause des animaux est aussi la cause de l’humanité, car la violence faite aux animaux prédispose les humains à exclure et asservir les minorités humaines. Les Lumières ont créé le concept d’individu que nous avons laissé se pervertir, perdant la notion de ce qui nous relie les uns aux autres, nous rend dépendants. Gagnant les libertés individuelles, nous avons subordonné toutes les sphères de nos existences au profit, saccagé les ressources de la Terre, perdu le sens du travail, négligé les limites planétaires, et nous nous découvrons seuls et fragiles. Il s’agit de continuer l’œuvre civilisationnelle des Lumières, de prendre en compte dans notre considération morale et dans nos politiques publiques, le bien commun des humains et des non-humains, d’avoir conscience de notre vulnérabilité. Prenant conscience de notre appartenance au monde, nous modifions notre regard, nous opérons une "transformation de soi qui touche la raison, la sensibilité et le rapport au corps", fondant la considération qui, humblement, rend "capable de reconnaître la valeur propre de chaque être et de lui faire une place dans ma vie". Disciple de Lévinas, Corinne Pelluchon sait "qu’autrui m’enseigne", que je ne peux fuir ma responsabilité et laisser d’autres répondre à ses besoins. Que "lorsque je suis indifférent à sa misère et ne réponds pas à son appel, je dis aussi qui je suis". Une politique de la considération, liée à l’affirmation de la valeur propre de chaque personne, vouée à la préservation d’un monde commun, exige la sortie de l’économisme, d’un contrat social qui tolère d’user et d’abuser de ce qui est bon pour soir, elle suppose "l’amour du monde".