Jean T.

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DATABIOGRAPHIE
19,00
par (Libraire)
25 janvier 2020

"La comparaison d’élément simples révélait tout à coup une situation complexe" dit Charly Delwart à propos de quelques statistiques dont celle-ci "il y a sur la Terre 400.000 lions pour 60 millions de chats domestiques", ce qui donne "une vision claire (…) de ce qu’on avait perdu en animalité, en sauvagerie". Alors, pourquoi ne pas appliquer à soi- même un ensemble de statistique qui vous définirait ?, qui dirait qui vous êtes ?
Il s’est appliqué à se poser toutes sortes de questions et à y répondre par des statistiques sur les heures annuelles de jogging à 10, 20, 30 et 40 ans ; le nombre de fois qu’il a appelé son père "papa" et qu’on l’a appelé "papa" ; le nombre de poissons péchés et mangés ; les villes auxquelles il a le plus songé pour y vivre ; le nombre de cadeaux annuels reçus / offerts à différents âges ; les principales positions sexuelles utilisées dans son couple ; combien ses dépenses pour sa psychanalyse représentent-elles de mètres carrés de logement dans divers endroits du monde ; le nombre de fois où il a pris l’avion et où l’avion pris s’est écrasé ; le nombre de jour moyens annuels où il s’est demandé s’il croyait en Dieu, en une autre religion, où il n’y a pas pensé ; les disputes annuelles dans le couple résolues / non résolues ; combien de fois a-t-il pardonné / été pardonné ; les repas ingérés / vomis ; les litres de liquides annuels bus (répartis en catégories) / urinés ; la charge mentale respective de sa femme et lui...
Ces interrogations, ici livrées en désordre, et bien d’autres, l’auteur les a organisées et méthodiquement rassemblées, rendues dans des graphiques adaptés à chaque question. Sur la page d’en face, il écrit des petits textes tour à tour drôles, ironiques, émouvants sur sa famille, son enfance, ses dépressions, ses goûts, ses loisirs, son rapport aux autres, son corps, ses inquiétudes, souvent en maniant l’autodérision. Peu à peu il fait apparaître quelque chose de lui plus large que son identité immédiate : "je suis né le 13 janvier 1975 à Bruxelles. En mai 2019, j’ai quarante-quatre ans, je vis à Paris, je suis en couple depuis dix-huit ans, j’ai trois enfants. Je suis écrivain et scénariste", quelque chose de son intimité le situant dans un ensemble plus large d’humains. En le lisant et en regardant, ses graphiques, ses courbes, ses diagrammes, comme en réaction, on découvre aussi des choses de soi.
Ce roman est d’une grande originalité, autant par son sujet que par son style littéraire. Si au premier regard, il est tout à fait farfelu, il s’avère baroque en ce qu’il est constitué de données qui semblent n’avoir rien à faire ensemble, et qui pourtant font sens.
C’est plutôt jubilatoire !

"Donc tout ce qui peut permettre d’en savoir plus est à prendre en compte.
Mais, appliqué à soi, c’est quoi ces choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas ?"

Préférer l'hiver
17,00
par (Libraire)
23 janvier 2020

Le long monologue d’une femme qui s’est retirée avec sa mère dans une cabane, au fond d’un forêt.
La narratrice fait silence sur les raisons qui ont provoqué leur décision de quitter la ville et de vivre cachées dans la forêt. Ont-elles fuit des combats, un cataclysme ? C’est plutôt l’abandon de son mari et le deuil de son fils, et pour sa mère, le deuil de son mari qui les ont fait recluses. Ce sont ces drames personnels qu’elles affrontent, qu’elles subissent, qu’elles veulent vivre dans la calme froideur de l’hiver, abandonnées de tous même "des ragondins qui ne détruisent plus les berges de l’étang". Une vie sobre, lente, dans une nature rendue rude et ralentie par le froid, par la neige et la glace, qui s’en va vers la mort. Une vie d’ermite habitée par des souvenirs, sans hommes, sans réserves, pleine de douleurs, une vie qui s’effondre, discrètement, lentement, tristement, dignement.
Ce roman est magnifique. Ce long monologue de mots choisis, juste constitué des phrases nécessaires, de moments de contemplation de la nature, fouillant les sentiments, qui se déroule dans le froid d’un implacable hiver ne laisse pas le lecteur s’évader. On souffre avec elles, on admire avec elle, on s’inquiète pour elles, on s’émeut avec elles. On tente de leur deviner un avenir au printemps, à l’été ou à l’automne, mais elles préfèrent l’hiver.

Ce superbe roman ne fera pas injure à ses prestigieux voisins si vous le classez à côté de "My Absolute Darling" (Gabriel Tallent – Gallmeister), de "Dans la forêt" (Jean Hegland – Gallmeister), "Notre vie dans les forêts" (Marie Darrieussecq – P.O.L.), "Une histoire des loups" (Emily Fridlund - Gallmeister)

Une vie meilleure
par (Libraire)
23 décembre 2019

Lilian Shepherd a décidé de quitter l’Angleterre pour l’Australie. À vingt-cinq ans, la jeune femme embarque sur l’Oronte pour cinq semaines de traversée en compagnie de divers passagers tous décidés à recommencer leur vie dans un lointain pays.
Nous sommes en juillet 1939, peu avant le début de la Seconde guerre mondiale. Lily a envie de voir le monde, d’oublier un douloureux événement. La jeune femme de condition modeste n’est pas rassurée face à un avenir inconnu et imprévisible. Elle regrette d’avoir quitté ses parents et son frère, Frank.
Très vite, le roman nous plonge dans la vie quotidienne d’un paquebot, dans la banalité des croisières : les ponts séparés avec des catégories sociales bien distinctes, les rituels des repas, des nuits, les bals, l’occupation des journées, l’exotisme des escales. Lily partage sa cabine avec deux autres jeunes femmes, Audrey qui lui sympathique, Ida qui est plus distante. Elle se lie d’amitié avec un couple aisé et mondain du pont supérieur, une femme juive qui fuit la Pologne, Héléna et Edward, les bizarres frère et sœur qui partent en Australie à cause de la faible santé du garçon, l’odieux George Price.
Bien que la vie à bord soit un huis-clos coupé de l’actualité, l’imminence de la guerre est sensible. Il y a des tensions, des propos anti-juifs, des préjugés, des conflits de nationalités latents.
On ne peut faire une lecture rapide de ce roman. Le lecteur devra prendre son temps, car c’est un récit de croisière. Cinq semaines dans l’atmosphère confinée d’un paquebot à une époque où les moyens de communication ne sont pas du tout ceux du 21ème siècle.

Le lecteur doit être prévenu qu’il n’y a pas d’enquête (on ne saura pas qui est la femme arrêtée par la police dans les premières pages du livre), pas d’angoisse (Rachel Rhys est le pseudonyme de Tammy Cohen qui écrit des thrillers), qu’il aura seulement l’inquiétude curieuse de savoir comment va la vie de toute la galerie de personnages que nous dépeint l’auteure. Lily apparaît comme une jeune fille bien élevée, droite, qui connaît peu de choses de la vie, qui va l’apprendre, qui ne va pas toujours aller vers les bonnes personnes, ni avoir les bonnes réactions. C’est un roman historique inspiré d’un vrai récit de traversée en 1930, bien écrit, mais dans un style daté, un peu désuet, il plonge le lecteur dans l’ambiance de cette époque et de la croisière.
Une lecture agréable d’un roman aux nombreux angles de vue.

Nomadland
22,00
par (Libraire)
24 novembre 2019

(...) Le récit de Jessica Bruder est composé des rencontres de nombreux travailleurs nomades dont elle fait le portrait, de photos, de citations, d’extraits d’ouvrages toujours sourcés. Elle raconte leur capacité à relativiser et à s’adapter, leur débrouillardise, leur solidarité, et aussi leur liberté qui est sans doute leur seul luxe. Elle raconte leur précarité, la dureté du travail, les nuits dans les entrepôts d’Amazon. Elle fait apparaître les invisibles de l’économie capitaliste, qui se mêlent à la foule des acteurs visibles. Elle montre comment se craquèle le peuple américain et dans quelle démesure il vit.
A la fin de cette lecture, on est partagé entre l’admiration pour l’enquête de l’auteure, et surtout pour le courage de tous ces "workampers" et la tristesse, voire même la colère qu’ils soient ainsi traités comme des esclaves..

En nous permettant de découvrir cette face cachée de l’économie américaine, avec son livre, Jessica Bruder fait un bel hommage à ces américains qui sont contraints de vivre dans des vans pour survivre.

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La Panthère des neiges
par (Libraire)
23 novembre 2019

Sylvain Tesson est reparti en vadrouille avec quelques amis : le photographe Vincent Munier et Marie, son amoureuse, Léo, l’aide de camp de Munier. Cette fois, il part vers les confins du Tibet. On ne sait pas précisément où, seulement que "On rejoindra l'axe routier Golmud-Lhassa, on gagnera le bourg de Budong Qan, le long de la voie ferrée et ensuite, on foncera vers l'ouest au pied des Kunlun jusqu'à la vallée des yacks". Insuffisant pour les braconniers qui n’iront pas décimer les cinq à six mille panthères des neiges. Suffisant pour qu’on sache qu’ils vont aller sur les plateaux, à quatre ou cinq mille mètres d’altitude, en plein hiver.
À ces hauteurs enneigées, par des températures qui peuvent descendre en-dessous de -30°, l’énergique et impatient Tesson se calme. Avec Munier, il apprend à ne pas bouger, à attendre, à regarder le monde autrement "j'ai appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s'asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille". D’autant que la panthère ne se montre que rarement – trois fois, tout de même - et que le temps d’attente constitue la majeure partie de son récit.
Le récit est à la fois un récit d’aventure, une quête spirituelle et un plaidoyer écologique, "La panthère m'a évidemment appris que le monde était beau, que le monde était en sursis et que le monde était menacé". A sa façon, il nous dit d’en prendre soin, car "Nous avons un comportement d'enfants gâtés devant un trésor".
On peut être agacé par ses réflexions philosophiques, ses attaques conte la modernité, contre le progrès, il reste ce voyage, ce superbe récit, cet ailleurs sauvage dont on pouvait ne pas même soupçonner l’existence, les photos de Munier, superbes, dont on ne saura pas comment il a pu les prendre, ce "coin du voile" soulevé "pour contempler l’errance des princes de la Terre".