Jean T.

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Là où vivent les loups
par (Libraire)
19 juillet 2018

Avec Priam Monet, on part en montagne, à Thyanne, où il va inspecter la vie quotidienne d’une brigade de police proche de la frontière. Dans la vie réelle, on pourrait penser à Névache, en-dessous du col de l’Échelle, par où sont passés de nombreux migrants. Mais voici qu’au pied d’une falaise, on trouve un cadavre qui n’est pas un migrant. Monet prend l’enquête en main en s’adjoignant une jeune policière, Claire, une native de la commune qui la connaît bien, pense-t-elle…
Monet n’est pas un personnage sympathique, il est le plus souvent bougon, peu intéressé par la fréquentation de ses semblables. Il ne se soucie pas du tout des répercussions que son choix peut avoir sur la vie de Claire. Pourtant, le duo improbable qu’il forme avec elle va se montrer perspicace et d’une grande efficacité. Monet a du flair et Claire est déterminée à aller au bout de l’enquête.
Dans cette petite ville de montagne, tout le monde se connaît et a quelque chose à cacher. Car il y a un industriel qui possède un important négoce de bois, des entreprises, un bar... et qui tient beaucoup de monde à sa botte, parce qu’il a les moyens de soudoyer, de sortir des gens d’une mauvaise passe. Que ce soit le garde-forestier ou les flics…

Un roman policier de bonne facture, avec une intrigue qui se déroule implacablement, une atmosphère de ville de montagne bien décrite et réaliste, des personnages qu’on pourrait croiser dans la vie courante, très réalistes, ce qu'il faut de rebondissements et de surprises.
A fin, Monet est devenu plus sympathique au lecteur qui finit par avoir un peu de mal à se détacher de ce duo de flics !

Laurent Guillaume connaît bien le monde de la police. Il a commandé une unité mobile de sécurité spécialisée dans l’anti-criminalité et les violences urbaines. Il est ensuite devenu consultant international en lutte contre le crime organisé dans des pays d’Afrique. " Là où vivent les loups" est son neuvième roman .

Idaho

Éditions Gallmeister

23,50
par (Libraire)
6 juillet 2018

Si vous aimez les intrigues simples, rectilignes, les histoires résolues, alors il ne faut pas lire Idaho !
L’histoire de Jenny qui, en 1995, a tué May, sa fille et dont l’autre, June, a disparu, et d’Ann, la femme qui lui a succédé auprès de Wade, est complexe et déstabilisante à souhait.
Emily Ruskovich a choisi de nous emmener sur les chemins de la mémoire, celle de Wade qui, comme son père, voit ses souvenirs disparaître peu à peu. Ceux d’Ann qui recherche, qui les recueille, qui les rassemble avant qu’il soit trop tard, pour reconstituer l’histoire qu’elle n’a pas connu de Wade et de sa famille disloquée et pour créer son propre avenir. Ceux de Jenny qui a voulu être emprisonnée à perpétuité et qui fuit ses propres souvenirs. La mémoire de ces personnages ne se constitue pas de faits, de dates, de situations précisément décrites. Elle se constitue à partir d’une évocation, d’un regard, d’une musique, de relations d’affection, d’émotions qui en évoquent d’autres. Il faut au lecteur se plonger dans l’écriture splendide et subtile de Ruskovich, se laisser envahir par les souvenirs de ces autres que sont pour lui les personnages du roman, pour saisir l’épaisseur du mystère de cette mémoire qui naît et prend son épaisseur à partir d’un geste, d’un regard, d’une musique, d’un mot...
Le roman se déroule dans l’Idaho, cet État du nord-ouest de l’Amérique, une région où la nature est superbement sauvage. Idaho fascine les artistes et les écrivains dont plusieurs ont ainsi nommé leurs romans. La nature de l’Idaho est présente presqu’à chaque page, décrite avec un soin dont on sent qu’il est admiratif. Une nature qui peut être dure, comme celle qui emprisonne Jenny et Wade au début de leur vie de couple, dans la montagne enneigée, tout au long d’un hiver rigoureux.
Roman déstabilisant, ai-je écrit. À cause du continuel va-et-vient entre le passé et le présent. Parce que les personnages nous resteront incomplètement connus. Parce qu’on ne sait pas avec certitude ce qui s’est passé ou comment ça s’est passé (la mort de May). Parce que de nombreux détails sont disséminés dans le roman. Parce qu’on se saura pas ce qu’il est advenu de June. Parce qu’il n’y a pas d’intrigue au sens habituel du terme. Parce que la fin est très inattendue.
Il reste au lecteur d’avoir été mis en face de souvenirs, d’émotions de sensations, de comportements rendus dans une belle écriture, par une romancière qui a le talent de nous approcher des profondeurs de l’âme humaine et de nous faire nous poser quelques questions.

Autonome
21,00
par (Libraire)
12 juin 2018

On peut avoir quelques difficultés à entrer dans ce roman. Il ne faut pas oublier qu’on est en 2144, dans une société à la technologie extrêmement développée. Y sont réalisés tous les rêves des libertariens qui plaident pour une recherche scientifique sans limite, au-delà de toute éthique.
A la recherche de Jack, il y a Troized accompagné par Paladin un robot militaire, équipé de protections et d’armes, et surtout doté d’un cerveau humain qui lui a été implanté. Il peut parler, voir, sentir, ressentir,communiquer à un haut niveau .
Pendant que Jack fuit la police et se cache, Med fait des recherches dans un labo libre. Med est une chercheuse, une scientifique de haut vol. C’est aussi un robot à qui on a donné son indépendance. Elle n’est plus asservie aux humains. Elle estime que les robots ont le droit, à leur tour, d’asservir les humains.
Dans cette société, la vie privée n’existe plus. Être transparent est une nécessité pour assurer l’ordre et la sécurité des humains. C’est une société qui accepte que tout soit breveté. Mais des scientifiques luttent pour imposer la liberté de créer et de faire. Jack est de ceux-là qui, par rétro-ingénierie, a piraté de nombreux médicaments sous brevets, dont le fameux Zacuity, pour les offrir à ceux qui n’ont pas les moyens de les acheter.
La lecture se fait plus addictive au fur et à mesure qu’on avance dans le roman, avec l’envie de savoir l’étendue de la place des robots dans la société, s’ils ont ou non asservi les humains, si leur intelligence égale celle des humains, s’ils ont une conscience, un sensibilité, des sentiments… Et aussi, où se situe le pouvoir ? Dans le politique, dans la technologie, dans l’économie, dans la finance ? Peut-on s’écarter de la norme sociale de cette société.
Un bon roman de science-fiction, dépaysant et déstabilisant, qui intéressera tous ceux qui s’inquiètent de l’impact des progrès scientifiques sur l’avenir de l’humanité.

L'été de la haine
23,00
par (Libraire)
22 mars 2018

Le roman est une dénonciation de la folie de la guerre, de l’aveuglement des États en guerre,et une critique virulente de l’impuissance du gouvernement à prendre en charge et soigner les vétérans. En cherchant des pistes, il pose la question de ce que doit être le retour à la vie civile : faut-il tout oublier pour vivre une vie normale ? Peut-on vivre avec ses traumatismes ?
Si le roman est plein de colère, de violence, de drogues, il comporte aussi de beaux moments, de belles descriptions de la nature et de la forêt. Et c’est aussi une belle histoire qu’Eugène Allen nous offre, en donnant une seconde vie à sa sœur qui rencontre Hank, un homme bon et affectueux, proche de la nature.
L’été de la haine est un roman complexe, au sujet grave et pourtant drôle qu’il est outrancier, à la fois historique et dystopique, violent et parfois tendre et romantique. C’est un texte tortueux, déstabilisant, parfois difficile à lire, et c’est pourtant un roman qu’on ne lâche pas tant on a envie d’en connaître l’épilogue.

Sur quoi reposent nos infrastructures numériques ?, Le travail invisible des faiseurs du web

Le travail invisible des faiseurs du web

Nadia Eghbal

OpenEdition Press

5,99
par (Libraire)
11 mars 2018

Dans ce rapport rédigé par la Fondation Ford et traduit de l’américain, Nadia Edhbal met en évidence la fragilité des infrastructures d’Internet. Il ne s’agit pas ici des logiciels que nous utilisons quotidiennement, mais des infrastructures qui permettent la communication sur Internet, des langages, des protocoles, des bases de données, des plates-formes de développement… On découvre la fragilité de tout ceci et ce qu’on voit moins, la technologie et, surtout, la sociologie d’un monde de passionnés qui travaillent et fabriquent des logiciels libres ou Open Source. Car le monde du Net repose sur ces logiciels ouverts, n ‘appartenant à aucun propriétaire, échangeables, modifiables, utilisables par briques pour construire le réseau des réseaux, faisant l’objet de licences non-privatives et gratuites.

Le grand public sait-il que près de 60 % des serveurs web sont des logiciels libres, développés par peu de professionnels salariés, mais par des milliers de passionnés -amateurs et professionnels- travaillant le plus souvent gratuitement ou mis à disposition par des sociétés qui les salarient ? Le risque réside dans la fidélité de ces personnes qui du jour au lendemain peuvent cesser leur travail, manquer d’imagination, être submergés, être happés par un autre projet. Le problème est que les utilisateurs -des sociétés et des firmes- ne donnent ni de leur temps ni de leur argent pour améliorer, maintenir et documenter ces programmes. Nadia Eghbal prend comme exemple le cas du logiciel de sécurité OpenSSL dont la maintenance n’était assurée que par une personne lorsque qu’on découvrit, en 2004, une faille de sécurité mettant en danger la sécurité des transactions et des connexions de la planète entière.
L’auteure alerte pour que chacun prenne conscience que ces Communs sont en danger et cherche comment les préserver et les soutenir par diverses voies de financement, des fondations…
Tout en restant lisible, l’ouvrage est technique, d’une écriture pas très « sexy », mais important pour ne pas dire un jour que nous ne savions pas.